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Sylvie Payeur Raynauld

En mai 2010 paraissait aux Éditions Fides le livre La face cachée de l'Armée de Marie, écrit par l'abbé Raymond Martel, prêtre du diocèse d'Amos (Abitibi, Québec). La publication de ce livre a été annoncée dans les médias, entre autres dans Le Nouvel informateur catholique et dans Pastorale Québec, ainsi que sur Radio-Galilée. Nos membres qui ont lu ces publications ont été indignés par le traitement injuste réservé encore une fois à l'Armée de Marie dans les milieux ecclésiastiques. Voici une première réponse à la croisade de «désinformation» entreprise par l'abbé Raymond Martel par le truchement de son livre.

Une saga qui se poursuit…

La face cachée de l'Armée de Marie

L’Armée de Marie a toujours fait montre d’un grand souci de transparence. Ainsi, son journal Le Royaume rapporte les faits importants concernant l’Oeuvre, pour bien informer les membres ainsi que les personnes qui désirent en suivre le cheminement – ce qui est d’autant plus nécessaire que tant de faussetés circulent contre l’Armée de Marie et sa Fondatrice.

Le Royaume se veut le contrepoids à cette désinformation, et c’est pourquoi des numéros de ce journal, avec d’autres publications de l’Oeuvre, sont parfois offerts à des personnes afin de leur permettre de se faire une idée plus juste de l’Armée de Marie, si malmenée dans les milieux ecclésiastiques et jusque dans les médias.

C’est ainsi que, dans une paroisse d’Amos (Abitibi), des membres de l’Armée de Marie ont cru bon d’abonner leur curé, l’abbé Raymond Martel, au journal Le Royaume. C’était de leur part un geste généreux et une preuve de transparence (rien à cacher!). Mais leur curé, se basant notamment sur des numéros de ce journal et sur quelques autres publications de l’Oeuvre, sur ses recherches personnelles sur l’Internet, sur diverses publications dans lesquelles l’Armée de Marie est qualifiée de «secte», a écrit le livre La face cachée de l’Armée de Marie, qui a paru aux Éditions Fides en mai 2010.

Une étude peu crédible

Dans l’introduction de son livre, l’abbé Martel mentionne plusieurs auteurs qui ont dressé un portrait peu flatteur de l’Armée de Marie et de sa Fondatrice (des portraits qui ne reflètent pas du tout la réalité). Par exemple, voici comment il présente un de ces auteurs :

«(…) Jean-Guy Vaillancourt, professeur de sociologie à l’Université de Montréal, range l’Armée de Marie parmi les groupes intégristes catholiques du Québec. En l’an 2000, il publie dans la revue Religiologiques un texte où l’Armée de Marie est citée au chapitre des “stratégies sociales des groupes catholiques de droite au Québec”. En 2001, il cosigne avec Martin Geoffroy un chapitre de l’ouvrage collectif La Peur des sectes. Dans ce texte, l’Armée de Marie est l’un des groupes examinés par ces chercheurs.» (P. 11)

Que l’Armée de Marie ait pu être qualifiée de groupe catholique «de droite» a de quoi nous surprendre, quand on connaît cette Oeuvre et son origine divine… Dieu serait-Il donc «de droite»?

L’Armée de Marie ne présente aucune des caractéristiques des sectes. Mgr Maurice Couture, alors qu’il était Archevêque de Québec, a déclaré que «les principes fondamentaux de l’Armée de Marie, c’est très catholique : le culte du Saint-Père, le culte de l’Eucharistie et la dévotion mariale, il n’y a rien de plus catholique que ça». Il ajoutait que ce qui était «inacceptable», c’était «la façon de promouvoir la dévotion mariale» (point de presse du 23 mai 2000 sur l’Armée de Marie).

La dévotion mariale a certes connu des développements au sein de l’Armée de Marie, car Marie Immaculée s’est incarnée en Marie-Paule en vue de la Co-Rédemption. Et la Co-Rédemptrice a été rejetée par l’Église de Pierre en notre temps, comme le Rédempteur avait été rejeté par le Sanhédrin en son temps.

I - Historique de l’Oeuvre

Livre Tout se terminera par la cour

Le premier chapitre de l’abbé Martel, qui s’intitule «La saga de l’Armée de Marie aux prises avec l’Église catholique romaine», porte sur l’histoire de cette Oeuvre. Selon ses dires, il s’est appuyé notamment, pour ce chapitre, sur mon livre «Tout se terminera par la Cour» (1994), s’y référant «entre autres en raison des documents officiels qui y sont reproduits» (La face cachée…, p. 245, note 17).

Mais les faits doivent être mis en perspective pour être bien compris, ce qui manque à l’étude de l’abbé Martel qui témoigne d’un parti pris: il expose les interventions des Autorités hostiles à l’Armée de Marie sans donner les éléments présentés par l’Oeuvre pour démontrer la fausseté des accusations portées contre elle ainsi que l’injustice des procédures utilisées à son endroit.

Voici des exemples de la présentation très incomplète que fait l’abbé Martel de l’Armée de Marie et de sa Fondatrice, ce qui invalide son étude:

Marie-Paule

Marie-Paule

Vie d’Amour lève le voile sur la vie matrimoniale de Marie-Paule qui a été un véritable martyre à cause du comportement d’un époux infidèle et irresponsable. Or, comment l’abbé Martel qualifie-t-il cette vie matrimoniale? D’«union difficile», de «vie commune tumultueuse» (p.15) (il précise toutefois que Marie-Paule s’est séparée sur les directives de quatre personnes, dont deux prêtres, et qu’elle a obtenu la garde de ses enfants). Une personne qui n’a pas lu Vie d’Amour pourrait croire que Marie-Paule a une part de responsabilité dans l’échec de ce mariage, ce qui n’est pas du tout le cas.

L’abbé Martel rapporte qu’en 1954 «Marie-Paule aurait entendu pour la première fois comme paroles intérieures: “L’Armée de Marie”», et il soulève un doute à ce sujet: il se demande si elle connaissait l’existence de la revue publiée de 1940 à 1951 sous le titre L’Armée de Marie, par les Jésuites de Montréal (p. 16 de son livre). – Marie-Paule ne connaissait pas l’existence de cette revue.

L’Armée de Marie

Pour ce qui est de l’histoire de l’Armée de Marie, les lecteurs de l’abbé Martel sont induits en erreur sur de nombreux points parce qu’on ne leur donne pas tous les éléments qui pourraient leur permettre de se forger une opinion éclairée. Ainsi :

«Les efforts en vue d’une reconnaissance ecclésiale du groupe sont récompensés, le 10 mars 1975 : le cardinal Maurice Roy l’érige en association pieuse. (…) Désormais, l’Armée de Marie pourra connaître un rayonnement tant à l’étranger qu’au Canada.» (P. 16)

Cardinal
Maurice Roy

Il faudrait préciser que ce n’est pas l’Armée de Marie qui a fait des démarches pour obtenir cette reconnaissance. C’est S. Exc. Mgr Jean-Pierre van Lierde, Vicaire général du Pape pour la Cité du Vatican, qui est intervenu à cet effet auprès du Cardinal Roy. (Mgr van Lierde connaissait Marie-Paule ainsi que certains de ses collaborateurs, et il a été le directeur spirituel de Marie-Paule pendant une certaine période.) De plus, ce n’est pas en vertu de cette reconnaissance que l’Armée de Marie a connu «un rayonnement»: elle était déjà connue à Rome et en d’autres pays.

L’abbé Martel souligne que Mgr Lionel Audet, évêque auxiliaire à Québec, «sera même considéré comme “l’ennemi numéro 1 de l’Armée de Marie”». (P. 17)

Cette affirmation est en fait une indication du Seigneur, et elle a été démontrée maintes fois. Il ne s’agit pas d’une affirmation gratuite.

«Sans attendre l’autorisation de l’évêque du lieu, Marie-Paule procède, le 31 mai 1981, à la fondation de la Famille et de la Communauté des Fils et Filles de Marie.» (P. 17)

Auparavant, le nouvel archevêque de Québec, Mgr Louis-Albert Vachon, avait reçu une lettre de l’abbé Léon Boily pour l’informer de la fondation prochaine de la Communauté à laquelle il lui demandait d’accorder une existence canonique «ad experimentum». Cette lettre est restée sans réponse. Quant à la Famille des Fils et Filles de Marie, oeuvre laïque, l’autorisation de l’évêque n’était pas requise pour sa fondation. 

Rapport du comité d’enquête sur l’Armée de Marie

«Au printemps 1984, le cardinal Vachon forme un comité qui a pour mission d’enquêter sur l’Armée de Marie. Le rapport de ce comité est présenté le 17 décembre 1985 aux dirigeants de ce groupe qui le récusent, sans plus.» (P. 17)

Nous avons ici une démonstration très claire d’une présentation des faits qui ne cherche pas à faire la vérité, bien au contraire! Il faudrait préciser, pour se faire une bonne idée de la situation à laquelle a été réduite l’Armée de Marie, que jamais, avant de faire leur rapport, les membres du comité n’ont communiqué avec Marie-Paule ou d’autres dirigeants de l’Oeuvre pour obtenir leur point de vue. En effet, aussi incroyable que cela puisse paraître, voici le mandat qu’avait reçu ce comité : À la lumière du Code de droit canonique, «regarder le décret d’érection [de l’Armée de Marie] en regard de ce que l’on dit de l’association publique de fidèles d’aujourd’hui, faire une analyse et par la suite faire nos recommandations» Tout se terminera par la Cour», p. 45).

Approche faussée à la base: 1. on examine «ce que l’on dit» de l’Armée de Marie (donc, sans chercher les preuves nécessaires pour vérifier les «on-dit»); 2. on prétend faussement que l’Armée de Marie est une association publique de fidèles, type d’association non régi par les mêmes lois canoniques que les associations privées (le plus haut tribunal de l’Église reconnaîtra plus tard que l’Armée de Marie est une association privée); 3. on fait «une analyse» de ces éléments faussés à la base, et par la suite on formule des «recommandations» basées sur ces faussetés!

Et M. l’abbé Martel se contente de dire que les dirigeants de l’Armée de Marie «récusent, sans plus» le rapport qui leur est présenté… Il ne précise pas non plus que, lors de la réunion du 17 décembre 1985, on a refusé à ces dirigeants d’obtenir ne serait-ce qu’une copie du rapport qu’on s’est borné à leur lire; que ces dirigeants ont réfuté les unes après les autres les fausses accusations de ce rapport; mais peine perdue : «Nous avons terminé notre tâche», avait dit Mgr Marc Leclerc, le président du comité d’enquête, au début de la réunion. Si bien que Marie-Paule a déclaré au comité, après la lecture du rapport :

«Si vous nous aviez interrogés une seule fois avant de rédiger votre rapport, vous n’auriez jamais pu, en toute conscience et honnêteté, produire un tel rapport basé sur tant d’accusations fausses, et des recommandations sur lesdites accusations.» (Tout se terminera par la Cour, p. 47)

Et l’abbé Martel continue à énumérer des faits sans jamais donner les éléments pouvant être favorables à l’Armée de Marie.

On retrouve ici le procédé utilisé sans cesse par les Autorités religieuses contre l’Armée de Marie : toujours accuser et ne jamais tenir compte de la défense de cette Oeuvre… qui n’avait d’autre voie que le journal Le Royaume pour se faire entendre et offrir un éclairage de vérité sur un volet ténébreux de l’histoire de l’Église.

Recours au Tribunal suprême de la Signature apostolique, à Rome

Complétons «l’historique» (!) présenté par l’abbé Martel, afin de mieux faire connaître un épisode très important de l’histoire de l’Oeuvre.

Les Fils de Marie - Juin 2008

Mgr Vachon, devenu Cardinal en mai 1985, s’est montré très hostile à l’Armée de Marie et à la Communauté des Fils de Marie, qu’il s’est efforcé de combattre de tant de manières. Le 27 septembre 1985, il dévoilait ainsi ses desseins au Père Celeste Guarise, supérieur du Père Denis Laprise: «Il faut tout détruire et faire disparaître ces futurs prêtres!» («Tout se terminera…», p. 40; cf. Vie d’Amour, App. II, p. 66.)

Le 4 mai 1987, le Cardinal Louis-Albert Vachon émet un décret par lequel il révoque le statut d’association pieuse reçu par l’Armée de Marie en 1975. Ce décret est entaché d’irrégularités. Des Autorités vaticanes, mises au courant de la situation, demandent à l’Armée de Marie de se prévaloir de son droit de recours.

C’est ainsi que, conseillée par des Autorités vaticanes, l’Armée de Marie ira jusqu’au Tribunal suprême de la Signature apostolique qui lui donnera raison sur un seul point : elle est bien une association privée de fidèles. Toutefois, le Seigneur allait se servir à Sa manière du «décret définitif» émis par le Tribunal suprême, le 20 avril 1991, pour démontrer que Marie-Paule est bien la Co-Rédemptrice en notre temps.

Le 30 avril 1991, le Seigneur dit à Marie-Paule :

«COMPTE AUJOURD’HUI LE NOMBRE D’ANNÉES QU’IL Y A ENTRE LE JOUR D’AVRIL OÙ JE T’AI INFORMÉE DE TA MISSION DOULOUREUSE ET LE JOUR D’AVRIL DE LA FIN DE CETTE MISSION PAR LE VERDICT DE L’ÉGLISE.»

Marie-Paule écrit :

«Il m’est donné de “comprendre” aussitôt qu’il s’agit des 33 ans de la Co-Rédemption comme il en fut pour les 33 ans de la Rédemption.»

Ainsi, entre le 28 avril 1958, jour où le Seigneur a annoncé à Marie-Paule sa mission, et le 20 avril 1991, jour du verdict de l’Église, il s’est écoulé 12 045 jours, ce qui fait «33 ans, jour pour jour»! (Tout se terminera…, p. 254-5; cf. Vie d’Amour, App. V, p. 93.) 

Comment Marie-Paule aurait-elle pu orchestrer un tel dénouement? On y voit plutôt une preuve de l’authenticité de sa mission et de l’intervention de Dieu qui se sert des actions des hommes, si iniques soient-elles.

Lettre du Cardinal Ratzinger, 29 février 2000

M. l’abbé Martel écrit :

«Au cours de l’an 2000, l’Armée de Marie continue d’en découdre avec les autorités ecclésiastiques. Le 31 mars, Mgr Gerald Wiesner, o.m.i., président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), fait parvenir aux évêques canadiens une lettre du cardinal Ratzinger [préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi] signée le 29 février précédent. Cette lettre répond à celle de Mgr Wiesner datée du 20 décembre 1999 et dans laquelle il sollicitait “en particulier une intervention de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les points doctrinaux que soutient Marie-Paule Giguère et qui sont inconciliables avec la foi catholique”. Le préfet de la CDF invite la CECC à passer à l’action dans ce dossier.» (P. 19-20)

Cette correspondance a été publiée dans le numéro spécial du 13 mai 2000 du journal Le Royaume (c’est la source utilisée par l’abbé Martel) avec des commentaires pour en relever les erreurs et les fausses interprétations.

Donnons-en ici un seul exemple : dans sa lettre, le Cardinal Ratzinger écrit que le Cardinal Vachon avait pris la décision de «dissoudre cette association» (alors qu’il n’a fait que lui retirer son statut canonique : l’Armée de Marie existait avant de recevoir le statut d’association pieuse et les laïcs ont le droit de se regrouper dans l’Église), et cette décision aurait été «approuvée par le Saint-Père le 6 février 1987».

Une telle approbation du Saint-Père était pour la première fois portée à l’attention de l’Armée de Marie. Le Cardinal Vachon n’en aurait-il pas fait mention à l’époque où il a porté son décret, si cette affirmation était fondée? On doit dire que ce nouvel élément au dossier est fort peu crédible.

Mais cette lettre ouvrait la voie à la note doctrinale publiée par la CECC sur l’Armée de Marie, le 15 août 2001, à laquelle les Autorités ne cesseront par la suite de se référer pour appuyer leurs décisions à l’encontre de cette Oeuvre. On y reviendra plus loin.

Centre Eucharistique et Marial Spiri-Maria

Note d’ordre disciplinaire émise par Mgr Couture, 12 avril 2000

L’abbé Raymond Martel poursuit avec la Note d’ordre disciplinaire adressée à Marie-Paule par le nouvel Archevêque de Québec, Mgr Maurice Couture, le 12 avril 2000. Dans cette lettre, Mgr Couture reproche à la Fondatrice de ne pas avoir demandé la permission avant d’ériger «ce lieu de culte» (Spiri-Maria) et il exprime son «entier désaccord».

Cette Note d’ordre disciplinaire se trouve également dans le numéro spécial du 13 mai 2000 du journal Le Royaume, avec la réponse de Marie-Paule à Mgr Couture, dont voici quelques extraits :

«Devons-nous oublier que Dieu, dans Sa grande liberté et la liberté si belle qu’Il laisse aux êtres humains, est au-dessus de nous et qu’il Lui arrive de passer à travers toutes les barrières établies par les hommes, surtout quand l’Église est en état de crise et qu’il s’agit du salut des âmes? Précisément, le Code de Droit canonique stipule – dans l’administration des mille sept cent cinquante-deux (1752) lois établies – de ne jamais “perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême”. Cette simple réponse est en référence au Droit canon soulevé dans la lettre de Votre Excellence. (…)

«L’Armée de Marie et ses oeuvres connexes ne m’appartiennent pas. Je ne suis que l’instrument qui obéit aux ordres “reçus”. Ce ne sont pas les considérations humaines qui m’ont guidée pour entreprendre la construction de l’édifice Spiri-Maria, ce qui m’aurait foudroyée de crainte. L’ordre précis de Dieu et tous les moyens qu’Il a mis à notre disposition m’obligeaient à avancer malgré mes constantes hésitations. Dieu n’a pas exigé de ma part une demande de permission auprès de Votre Excellence, car Il savait quelle aurait été votre réponse. Il m’a épargné cette humiliation, mais Il m’en prépare une autre selon Sa Sagesse d’Amour qui est folie ici-bas. Voilà ce qu’est la vie d’un serviteur ou d’une servante de Dieu!»

Note doctrinale sur l’Armée de Marie, 15 août 2001

L’abbé Martel :

«La Conférence des évêques catholiques du Canada donne suite à la recommandation du cardinal Ratzinger en publiant, le 15 août 2001, une “Note doctrinale des évêques catholiques du Canada sur l’Armée de Marie”, dans laquelle on lit entre autres:

«“[…] les évêques canadiens déclarent et informent tous les fidèles de l’Église catholique au pays, que l’Armée de Marie, même si celle-ci soutient le contraire, ne peut pas être considérée comme une association catholique. Certains des enseignements qu’elle propage à propos de la rédemption, de la Vierge Marie et [de] la “réincarnation” s’écartent fondamentalement de l’enseignement et de la profession de foi de l’Église catholique.» (P. 20)

World Trade Center

World Trade Center
11 septembre 2001

Sur le site Web de l’Armée de Marie (www.communaute-dame.qc.ca) paraît une réponse à cette note doctrinale dont on relève les erreurs et fausses interprétations. Quant à Marie-Paule, son regard se porte sur la situation mondiale, car elle a remarqué dans le passé que chaque coup porté contre l’Oeuvre se répercutait douloureusement dans le monde.

C’est ainsi que moins d’un mois après la publication de la Note doctrinale de la CECC, soit le 11 septembre 2001, est perpétré l’attentat terroriste contre le World Trade Center, à New York…, fait que le Ciel (comme pour le relier à l’Armée de Marie) avait «montré» par avance à Marie-Paule au début des années 1980 : une «fumée opaque partant de la partie supérieure de hauts édifices de New York, suivie de leur effondrement en profondeur dans le sol». Étonnée par la vision qu’elle venait de recevoir, elle l’avait rapportée aux membres de l’Armée de Marie réunis au sous-sol de l’église Notre-Dame-du-Rosaire, à Montréal, ce dont certains témoigneront. (Le Royaume, nº 152, nov.-déc. 2001, p. 6)

Le Cardinal Marc Ouellet

L’abbé Martel :

«Marie-Paule, après avoir demandé un rendez-vous avec le cardinal Ouellet, l’avise par lettre, le 31 mai 2004, qu’elle ne peut se rendre au rendez-vous fixé pour le 13 juin suivant. La raison? “Un ordre ‘reçu’ de Là-Haut plus d’un mois auparavant et souvent répété […] : ‘Bientôt, on te demandera de te rendre dans un lieu, seule, surtout n’y va pas.’ ” [Lettre de Marie-Paule, publiée dans Le Royaume, sept.-oct. 2004, p. 4] Dans sa réponse, le cardinal lui dit : “Je regrette vivement qu’une telle rencontre n’ait pas eu lieu sur votre décision et j’en informerai le Saint-Siège.” [Lettre publiée à la même page du journal Le Royaume] Au sein de l’Armée de Marie, cette lettre du cardinal reçoit une interprétation mystique : considéré comme un coup porté par le cardinal, ce document est le glaive qui a transpercé l’âme de Marie-Paule.» (P. 22)

Et quel coup! Marie-Paule a parlé de la «signature coup-de-poing» du Cardinal Ouellet… Le jour projeté pour le rendez-vous, elle n’aurait de toute façon pas été en mesure de s’y rendre, étant aphone (elle souffrait souvent d’épisodes de perte de voix, à cette époque). L’abbé Martel poursuit :

«Le 4 avril 2005, le cardinal Ouellet, en étroite collaboration avec Mgr Terrence Prendergast, commissaire pontifical pour les Fils de Marie, publie un “Message pastoral concernant l’Armée de Marie”. Après avoir dénoncé “la doctrine de l’Armée de Marie et la façon dont cette organisation présente la piété mariale”, le cardinal aborde la question des “blessures à l’unité de l’Église”», etc. (P. 22-23)

Le Pape Jean-Paul II

Le Pape
Jean-Paul II

Le Cardinal Ouellet et Mgr Prendergast s’étaient entendus pour publier chacun un message le même jour, soit en la solennité reportée de l’Annonciation, le 4 avril 2005. Toutefois, leurs projets ont été contrecarrés par le décès du Pape Jean-Paul II, survenu le 2 avril 2005, si bien que le Cardinal Ouellet était à Rome lorsque son message a été adressé à l’Armée de Marie, le 5 avril. Ces deux messages ont fait relativement peu de bruit, alors que les yeux du monde entier étaient tournés vers Rome où l’on saluait le départ d’un Pape d’une envergure extraordinaire.

Les deux documents ont été publiés dans le journal Le Royaume (nº 172, mars-avril 2005, p. 22), avec les réponses appropriées des responsables et de plusieurs membres de l’Oeuvre, dont Marc Bosquart qui est personnellement visé dans le message du Cardinal Ouellet qui le cite. Voici un passage de la réponse de Marc :

Marc Bosquart

«Comme je suis l’auteur des livres dont sont extraits ces propos, quelque chose me frappe immédiatement : la première citation provient de “Terre nouvelle, Homme nouveau” et figure à la page 119 (sur 120 et demie de texte) et la seconde provient de “L’Immaculée, la divine Épouse de Dieu” et figure à la page 125, c’est-à-dire à la dernière page du livre dont elle constitue les dernières lignes. Autrement dit, le Cardinal, par deux fois, a cité seulement la conclusion de longues explications, sans que ses lecteurs soient clairement informés qu’il s’agit de conclusions et sans qu’ils aient accès aux explications, preuves et citations qui ont servi à les établir. Pourquoi donc agir ainsi, sinon pour susciter, chez les lecteurs, une réaction d’indignation : “Voyez comme ils sont fous! Voyez les folies qu’ils propagent!”

«Un tel comportement ne me paraît pas conforme à la charité. Sortir des citations de leur contexte et les jeter en pâture à l’opinion publique afin de discréditer une Oeuvre de Dieu et de clouer au pilori Celle qui l’accomplit dans sa chair et ceux qui la suivent en leur cœur, ce n’est pas se ranger du côté de la Lumière mais de l’autre côté! Qui, dans notre monde, en l’absence de toute explication, de toute information complémentaire et de tout cheminement intérieur, est prêt à accepter que Marie-Paule, notre contemporaine, soit “l’équivalent du Rédempteur”? Personne, il va de soi, de sorte qu’on est en droit de se poser de sérieuses questions quant aux mobiles profonds qui ont incité le Cardinal à se compromettre ainsi, non pas aux yeux des lecteurs de “Pastorale Québec” [où son message a été publié], mais au regard de l’Histoire et de la Vérité…»

Les Fils de Marie

M. l’abbé Raymond Martel traite du cheminement de la Communauté des Fils de Marie, des évêques qui les ont accueillis et ordonnés, des difficultés qu’ils ont éprouvées avec certaines Autorités dont la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (CIVCSVA) qui a nommé successivement auprès des Fils de Marie deux visiteurs apostoliques et deux commissaires pontificaux, le dernier étant Mgr Prendergast.

Toutefois, l’abbé Martel n’indique pas la source véritable de toutes ces difficultés. Nous pouvons nous en faire une petite idée grâce à la teneur d’une lettre du Père Pierre Mastropietro à Mgr Prendergast, le 3 décembre 2004, en réponse à une lettre de celui-ci aux Fils de Marie :

«Vous faites allusion, dans votre missive, à des “difficultés” qu’“il faudra bien aborder un jour puisqu’elles ont été relevées par les autorités de l’Église”… Mais, alors, pourquoi est-ce donc si compliqué de dire les choses simplement? Pourquoi tant de détours? Pourquoi tant de pertes de temps? Pourquoi tant de difficultés à dire, dans un langage accessible à tous, quelles sont enfin – si elles existent vraiment – ces prétendues “difficultés” que les autorités semblent avoir relevées, et sur la base desquelles nous sommes, depuis tant d’années, à la suite de notre Fondatrice, sous mandats pontificaux, pour ne pas dire implicitement déjà condamnés?

«Sans même savoir de quoi nous sommes coupables ni qui sont ces accusateurs inconnus et intouchables, cela fait des lustres que ces derniers jouissent du privilège d’écrire et d’émettre des opinions à notre sujet, sans oublier celui de lancer en parfaite impunité toutes les pierres que bon leur semble, même celles pour lesquelles Jésus, pourtant, a tracé un jour des traits dans le sol…

«Il ne faudrait pas croire, Monseigneur, que les Fils de Marie aient pris goût, avec les années, à ce genre d’exercice injuste, et encore moins qu’ils entendent s’y exposer indéfiniment; car la patience, si bonne et si héroïque soit-elle, ne pourra jamais bonifier les actions regrettables qui perdurent contre eux depuis des années.» (Le Royaume, nº 170, nov.-déc. 2004, p. 18-19)

L’Église de Jean

L’abbé Martel écrit :

«La tension entre les parties monte d’un cran lorsqu’un prêtre de ce groupe accomplit, à Spiri-Maria, des actes liturgiques illicites (baptême) et invalides (mariage), et lorsque l’un d’eux est intronisé chef spirituel de l’Église de Jean.» (P. 27)

Commentant le baptême, l’abbé Martel cite cette demande du Ciel, formulée par le Père Philippe Roy, ancien directeur général de l’Armée de Marie, décédé en 1988 :

«L’ENFANT D’YVAN DEVRA ÊTRE BAPTISÉ ICI, À SPIRI-MARIA. ENSUITE, BIENTÔT, IL SERA INSÉRÉ DANS LE REGISTRE DE LA NOUVELLE ÉGLISE...»

Mais ce message n’est pas complet, Mère Paul-Marie n’ayant pas osé en dévoiler tout de suite la fin qui se lit ainsi :

«…L’AUTRE [ÉGLISE] EST DÉJÀ SCHISMATIQUE.» (Le Royaume, nº 187, sept.-oct. 2007, p. 22)

Cette indication céleste est lourde de conséquences : c’est désormais l’Église de Pierre («L’AUTRE [ÉGLISE]») qui est considérée schismatique par le Ciel! Et c’est pour donner suite aux indications d’En-Haut que les Fils de Marie commencent à célébrer des baptêmes et des mariages à Spiri-Maria. Enfin, le Ciel indique, le 10 août 2006 : «VOUS ÊTES LIBRES MAINTENANT(Livre blanc II, p. 25)

Padre
Jean-Pierre

Padre Jean-Pierre est intronisé comme chef spirituel de l’Église de Jean, le 17 septembre 2006, et confère l’ordination diaconale à cinq Fils de Marie, le 7 janvier 2007. Le Cardinal Marc Ouellet émet une Déclaration spéciale, le 26 mars 2007, qui est citée par l’abbé Martel :

«À la suite des dernières publications du journal “Le Royaume” et des gestes formels de désobéissance et d’usurpation de pouvoir dans l’administration des sacrements, je me vois contraint de déclarer que les responsables de l’Armée de Marie se sont exclus de la communion de l’Église catholique. (…) Ces ordinations sont donc invalides; elles constituent une blessure grave infligée à l’Église.

«En conséquence, je confirme et renforce ce qui a été exprimé antérieurement par l’épiscopat canadien et je déclare ce qui suit : l’Armée de Marie est devenue clairement et publiquement un mouvement schismatique et donc une association non catholique. Ses doctrines particulières sont fausses et ses activités ne peuvent être fréquentées ni soutenues par des catholiques. Ses prêtres et ses diacres ne peuvent plus exercer aucun ministère sur le territoire de l’Archidiocèse de Québec et les sacrements de confirmation, de pénitence et de mariage administrés par eux sont invalides du fait qu’ils n’ont aucune juridiction.» (P. 33-34)

L’abbé Martel cite également la lettre qu’adresse Mgr Prendergast aux Fils de Marie, le même jour.

Le triduum de mai 2007

Après avoir souligné que Marie-Paule est vêtue comme la Dame de tous les Peuples lors de la cérémonie du 31 mai 2007 (il faut préciser que cette exigence du Ciel a été une épreuve terrible pour notre Fondatrice!), l’abbé Martel continue ainsi :

«Ce même 31 mai se tient à la chapelle de Spiri-Maria une cérémonie plutôt étrange. D’une part, Marie-Paule, se présentant comme la Dame de tous les Peuples, couronne le chef de l’Église de Jean, Padre Jean-Pierre, intronisé antérieurement. D’autre part, ce dernier proclame un nouveau dogme marial, impliquant Marie-Paule.» (P. 35)

C’est ainsi qu’est promulgué le dogme de Marie Co-Rédemptrice, Médiatrice et Avocate, qui avait été demandé par la Dame de tous les Peuples en ses messages d’Amsterdam. Le lendemain, 1er juin, Padre Jean-Pierre ordonne prêtres six Fils de Marie; et, le 3 juin, il canonise Frère Raoul Auclair – on comprend que le programme de ce triduum a été réalisé à la demande expresse du Ciel. L’Église de Jean ne s’arroge pas elle-même certains pouvoirs; elle les reçoit plutôt de Dieu par l’intermédiaire de la Servante, Mère Paul-Marie.

Mais «ce qui est sagesse de Dieu est folie pour les hommes»… c’est pourquoi un tel programme peut sembler «étrange» lorsqu’on en reste au seul plan humain.

L’abbé Martel commente:

«Les démêlés de l’Armée de Marie avec l’Église catholique romaine s’achèvent avec la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi émise le 11 juillet 2007 et rendue publique le 12 septembre suivant par la Conférence des évêques catholiques du Canada. Il y est déclaré entre autres que “les prétendues ‘ordinations diaconales et presbytérales’ célébrées par le père Pierre Mastropietro sont invalides”.» (P. 36)

Il énumère ensuite les personnes excommuniées selon cette déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et trouve «étonnants» les propos de Marie-Paule à la suite de cette déclaration. En effet, notre Fondatrice expose comment un autre passage du livre de l’Apocalypse se réalise sous nos yeux.

Ces propos ne nous étonnent pas, nous qui savons que l’Apocalypse s’actualise en notre temps, particulièrement en rapport avec la mission de la Co-Rédemptrice.

 

Enfin, l’abbé Martel expose les modifications apportées à la prière eucharistique lors des messes célébrées à Spiri-Maria (diffusées en direct sur le site Web de Radio Amour) : après l’excommunication, le nom du Cardinal Ouellet n’y est plus mentionné, remplacé par celui de Padre Jean-Pierre. Il commente :

«Cela ne pouvait être que source de confusion chez les participants et les auditeurs de Radio Amour.»

Au contraire, les membres de l’Oeuvre comprennent le bien-fondé de ce changement, en raison de l’attitude du Cardinal Ouellet qui a joué un grand rôle dans ce dénouement avec l’Église. L’abbé Martel poursuit :

«Depuis la fin de mai 2009, la rupture de communion ecclésiale est radicale dans la prière eucharistique. Désormais, on ne prie plus pour le pape Benoît XVI. La prière eucharistique III dit entre autres ceci : “Affermis la foi et la charité de ton Église au long de son chemin sur la terre; veille sur Paul-Marie, Jean-Pierre et tout le peuple des rachetés.”» (P. 38)

«La rupture de communion» a été imposée par le Ciel en raison de l’attitude de l’Église de Pierre qui, par son intransigeance avec l’Oeuvre mariale depuis tant d’années, a causé cette rupture.

Église de Pierre et Église de Jean

L’abbé Raymond Martel écrit :

«Dans les écrits de ce mouvement, on rencontre des expressions telles que l’Église de Jean et l’Église de Pierre. (…)

 « Qui plus est, l’Église de Jean et l’Église de Pierre sont des Églises rivales. On le sent bien dans ces propos de Marc Bosquart : “Maintenant, l’Église de Pierre ne reconnaît pas l’Oeuvre de la Dame et, notamment, l’Église de Jean. Mais un jour […] la question qui risque de se poser sera de savoir si, dans le Royaume ou même avant, la nouvelle Église de Jean pourra reconnaître ce qui restera de l’Église de Pierre…” [Le Royaume, juillet-août 2007, p. 24].» (P. 39)

Le fait d’être une «autre» Église n’implique pas d’être une Église rivale. Selon son programme, la Communauté de la Dame de tous les Peuples est ouverte à tous les peuples et à toutes les religions – nous verrons dans l’avenir comment cela se concrétisera. L’abbé Martel conclut :

«À travers ses démêlés avec l’Église catholique romaine, l’Armée de Marie préparait la naissance de l’Église de Jean. Celle-ci est le fruit non pas d’une génération spontanée, mais plutôt d’une mise en oeuvre bien orchestrée.» (P. 40)

La Dame de tous les Peuples

Si la «mise en oeuvre» de l’Église de Jean a été orchestrée, c’est par le Ciel, non par la Fondatrice de l’Armée de Marie et ses collaborateurs qui n’ont fait que se soumettre au Plan divin au fur et à mesure qu’il se dévoilait. L’Oeuvre n’a pas plus orchestré la fondation de l’Église de Jean qu’elle n’avait orchestré la confirmation de la mission de la Co-Rédemptrice, grâce au sceau de 33 ans apposé bien involontairement sur la mission de Marie-Paule par le décret définitif du Tribunal suprême de l’Église. De tels signes devraient faire réfléchir les adversaires de l’Armée de Marie…

Enfin, l’abbé Raymond Martel conclut ainsi le volet «historique» de son livre:

«Les actes accomplis par certains membres de ce groupe, entraînant sur-le-champ leur excommunication de l’Église catholique romaine, ne viennent-ils pas confirmer cette affirmation de Christian Godin que “de nombreuses excommunications ont été, sinon voulues, du moins désirées par la victime”?» (P. 40)

Marie-Paule n’a jamais désiré que l’ombre et le silence, mais elle s’est soumise en tout au bon vouloir divin, acceptant de marcher dans la voie de la contradiction et de demeurer à la tête de l’Armée que lui avait confiée le Ciel. Une Armée dont la victoire scellerait l’ouverture du Royaume terrestre de 1000 ans annoncé dans l’Apocalypse.

Et Marie-Paule est effectivement «la victime» adossée à la Croix, en notre temps, comme Dame de tous les Peuples, Co-Rédemptrice, Médiatrice et Avocate. La Mère du Royaume qu’elle a ouvert à l’humanité des temps nouveaux, l’humanité qui acceptera l’Envoyée de Dieu et de Marie Immaculée en notre temps.

II - «Ésotérique», la doctrine de l’Armée de Marie?

Après avoir dressé un piètre «historique» de l’Armée de Marie, l’abbé Martel s’efforce de démontrer que cette Oeuvre est «devenue au fil des ans un mouvement ésotérique» (p. 187).

Dans la conclusion de son livre, il expose le point de départ de son étude sur l’Armée de Marie, son «hypothèse de travail»:

« Avec des sources peu nombreuses qui ne livraient que des bribes d’informations, ma recherche m’a tout de même permis de valider mon hypothèse de travail qui a rapport avec l’ésotérisme. » (P. 181-182)

«Ésotérique», «gnostique», «initiatique», «rosicrucien»… que de notions totalement étrangères à l’Armée de Marie, mais que l’on retrouve constamment dans le livre de l’abbé Martel qui ne recule devant aucun moyen pour tenter de valider son «hypothèse de travail» et qui décrète : «Lorsque nous relisons les textes de l’Armée de Marie en ayant à l’esprit des notions ésotériques, nous voyons un ensemble cohérent. Ce qui, à première vue, peut sembler être des idées farfelues, voire même de grossières erreurs doctrinales, est en réalité un système de pensée cohérent et rigoureux.» (P. 183)

L’abbé Raymond Martel a étudié les écrits de l’Armée de Marie dans une fausse perspective et ses idées préconçues l’ont aveuglé, car il voulait à tout prix démontrer son «hypothèse de travail», plutôt que faire une recherche honnête. Je n’aborderai pas ici tous les points erronés de son livre, me limitant à certains aspects de cette étude qui ne passera pas à l’histoire comme un exemple de probité intellectuelle.

Église de Pierre et Église de Jean

L’abbé Martel cite des passages de certains auteurs, omettant d’autres passages de ces mêmes auteurs qui invalident son hypothèse. Il va même jusqu’à couper des éléments de citations lorsque ces éléments ne confortent pas son hypothèse.

Par exemple, il commente ainsi un extrait d’un article que j’ai écrit pour le journal Le Royaume, «L’Église de Pierre et l’Église de Jean, deux visages de l’Église du Christ» (Le Royaume, nº 180, juillet-août 2006, p. 24) :

«Sylvie Payeur-Raynauld indique aux lecteurs du Royaume que “ce titre, ‘Église de Jean’ n’est pas nouveau dans l’Église : en certains milieux on a reconnu l’existence de deux courants majeurs, parfois identifiés comme “l’Église de Pierre et l’Église de Jean”. Quels sont ces “deux courants majeurs” et les milieux qui les ont reconnus? Il aurait été bon que, dans la suite de son propos, Payeur-Raynauld renseigne là-dessus le lecteur.» (P. 57-58)

En citant cette phrase de mon article, l’abbé Martel en a omis la fin qui la rattache à la catholicité : «(…) en certains milieux, on a reconnu l’existence de deux courants majeurs, parfois identifiés comme “l’Église de Pierre et l’Église de Jean” ou, pour reprendre l’expression d’Adrienne von Speyr, “l’Église ministérielle et l’Église aimante”

Adrienne von Speyr est une mystique qui a eu comme directeur spirituel Hans Urs von Balthasar. Elle est beaucoup admirée du Cardinal Marc Ouellet qui explique ainsi la signification du blason qu’il a choisi comme Archevêque de Québec: «L’ensemble symbolise aussi l’héritage spirituel reçu de la Compagnie de Saint-Sulpice et de la Communauté Saint-Jean, fondée par Hans Urs von Balthasar et Adrienne von Speyr (…).» (Site Web de l’archevêché de Québec)

Dans mon article, je citais également «Nicolas Berdiaev, ce grand philosophe russe dont les écrits ont converti Olivier Clément (historien et théologien orthodoxe), [et qui] écrivait que l’Église de Pierre s’oppose à l’Église de Jean dont “les saints et les mystiques sont les vivants dépositaires”». – Qu’y a-t-il de bien étonnant dans cette citation? Ici, l’expression «Église de Jean» («l’Église aimante», selon Adrienne von Speyr) ne représente-t-elle pas tous ces saints et ces mystiques qui ont été rejetés par l’Église de Pierre («l’Église ministérielle») avant d’être reconnus par elle?

La réponse à la question de l’abbé Martel («Quels sont ces “deux courants majeurs” et les milieux qui les ont reconnus?», qui revient à quelques reprises dans son livre) se trouve dans mon article. Mais voilà, ce n’était pas la réponse que cherchait l’abbé Martel, car il voulait affirmer que je m’appuyais sur des sources ésotériques :

«Comment expliquer que dans Le Royaume, on n’ait jamais dit clairement aux lecteurs que les expressions “Église de Pierre” et “Église de Jean” proviennent des milieux gnostiques, ésotériques et même initiatiques?» (P. 186)

Mais c’est à tort que l’abbé Martel tisse de tels liens, semant ainsi la «confusion» qu’à plusieurs reprises il accuse nos auteurs de semer. Par exemple :

« L’utilisation que fait Raoul Auclair de la terminologie chrétienne, voire catholique – Jésus, Marie, Immaculée Conception –, accompagnée de références aux lettres de l’apôtre Paul, à des mystiques chrétiennes ou encore aux apparitions de la Vierge, est susceptible d’entraîner de la confusion dans l’esprit du profane.» (P. 107)

Raoul Auclair

Raoul Auclair

L’abbé Martel aurait préféré que Raoul Auclair ne s’appuie pas sur la saine doctrine de l’Église catholique et sur les apparitions mariales qu’il a si bien fait connaître en notre temps! Il se disqualifie en s’en prenant à Raoul Auclair que le Cardinal Maurice Roy considérait comme «le théologien de l’Armée de Marie», le tenant en haute estime. Le Ciel a aussi décerné ce titre à Raoul : «le plus grand théologien de tous les temps», selon la formule de bénédiction qu’il a reçue comme Fils de Marie en 1977 (Vie d’Amour, vol. XIV, p. 34).

De plus, l’oeuvre littéraire de Raoul Auclair a reçu la caution d’éminents catholiques, dont la célèbre stigmatisée française, Marthe Robin, qui a déclaré à Raoul : «C’est maintenant que vous devez diffuser votre livre “Le Jour de Yahvé”.» Marthe Robin n’aurait pas incité à diffuser ce livre s’il avait contenu des erreurs!

Ésotérisme?

Au chapitre 2 de son livre, l’abbé Martel nous donne un cours sur l’ésotérisme et l’exotérisme, ou ce qu’il appelle «la double doctrine» :

«La méthode de la double doctrine entraîne inévitablement une séparation entre ceux qui ont la connaissance et ceux qui sont dans l’ignorance. Qui plus est, ce qui est dévoilé à certains mais caché au plus grand nombre suggère l’idée de secret à laquelle s’associe étroitement le terme ésotérique. C’est par l’initiation que s’effectue la transmission de la connaissance ésotérique, c’est-à-dire “des enseignements secrets qui se transmettent de Maître à disciple”. Grâce à l’initiation, le candidat passe du dehors (exotérique) vers le dedans (ésotérique), de la foule au groupe restreint des disciples, et reçoit la clé qui lui permet de soulever le voile, d’accéder à la connaissance de ce qui est caché à ceux du dehors.» (P. 42)

Et l’abbé Martel de poser la question (qui n’en est pas vraiment une sous sa plume) : «Y aurait-il une Armée de Marie à deux niveaux : exotérique pour la masse et ésotérique pour une élite?» (P. 186)

La «méthode de la double doctrine», telle qu’exposée par l’abbé Martel, peut décrire la méthode utilisée par le Christ avec les gens de son temps : Il parlait en paraboles à la foule et, en particulier, il expliquait tout à Ses disciples, ainsi que nous le voyons par ce passage de l’évangéliste Matthieu :

«Les disciples s’approchant lui dirent : “Pourquoi leur parles-tu en paraboles?” – “C’est que, répondit-il, à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu’à ces gens-là cela n’est pas donné.”» (Mt 13, 10-11)

Le mot «ésotérique» est surutilisé sous la plume de l’abbé Martel. Ne s’agit-il pas d’un faux débat, si même le Christ peut, selon les critères de l’abbé Martel, être qualifié d’«ésotérique»?

Par ailleurs, un philosophe russe a été présenté par François Pillot et la soussignée dans deux articles du journal Le Royaume: Vladimir Soloviev. Or, dans son livre, l’abbé Martel considère que cet auteur est ésotérique (cf. p. 186-187). Pourtant, en 1976, à la demande du Cardinal Maurice Roy, les membres de l’Armée de Marie sont venus assister à une conférence que donnait l’un de ses amis, Mgr Jean Rupp, alors Pro-Nonce en Irak, sur la vie du grand penseur russe Vladimir Soloviev… Et le Cardinal Roy assistait à cette conférence. Faudrait-il penser que le Cardinal était porté sur l’ésotérisme?

L’agence d’information Zenit, de Rome, a mentionné à quelques reprises le nom de Soloviev. Le 20 février 2006, Zenit rapportait ces paroles du Cardinal Poupard: «Revenir à la pensée de Soloviev est aujourd’hui plus que jamais profitable dans un contexte de laïcisme agressif caractéristique de certaines cultures du monde occidental.»

Et, le 28 février 2007, Zenit mentionnait que le Cardinal Biffi, lors de la retraite qu’il prêchait au Vatican, avait abordé l’oeuvre de Soloviev qui, selon lui, «avait prophétisé les tragédies du XXe siècle».

N’est-ce pas pour le moins de l’étroitesse d’esprit que de vouloir qualifier d’«ésotériques» tant d’auteurs appréciés dans l’Église catholique?

Et l’abbé Martel n’est pas plus crédible lorsqu’il établit des parallèles entre l’ésotérisme et les symboles utilisés par l’Oeuvre mariale – par exemple, une croix portant en son centre une rose, au sujet de laquelle l’abbé Martel affirme que «nous sommes en présence d’un symbole nettement rosicrucien» (p. 135)

Chapelle Spiri-Maria - Lac-Etchemin

L’Armée de Marie est une Oeuvre de lumière et les symboles qui ornent le chœur de Spiri-Maria ont été «montrés» par le Ciel à notre Fondatrice, ainsi que leur emplacement. Aucune mise en scène humaine n’a produit cet agencement, ni aucune symbolique cachée puisant à l’ésotérisme.

Excommunication

L’abbé Martel se discrédite lui-même par ses procédés malhonnêtes et son langage outrancier, comme lorsqu’il nous accuse d’être «envoûtés» :

 «Il faut sans doute être envoûté pour en arriver à abandonner tranquillement l’Église catholique romaine.» (P. 183)

«Abandonner tranquillement l’Église catholique romaine»? Il faudrait plutôt dire que c’est celle-ci qui a expulsé les membres de l’Oeuvre mariale après leur avoir fait subir injustice sur injustice!

Et ce livre de l’abbé Raymond Martel s’ajoute à tant de procédés indignes. L’auteur déforme constamment nos propos, lance de faux débats et nous prête de fausses intentions, par exemple celle de «diaboliser l’Église catholique romaine» (p. 155).

Elle est sainte, l’Église; mais elle a été la cible de l’Adversaire, ainsi que le reconnaissait le Pape Paul VI : «La fumée de Satan est entrée dans le Temple de Dieu» (29 juin 1972). Marie-Paule a toujours respecté les Autorités de l’Église et nous a incités à faire de même; ce qui ne voulait pas dire de toujours rester muets devant l’injustice alors qu’il fallait défendre l’Oeuvre mariale qui est l’Oeuvre de Dieu.

En fin de compte, c’est là la pierre d’achoppement : les adversaires ne croient pas que cette Oeuvre est guidée par Dieu, alors que tout son itinéraire le démontre avec éclat. L’abbé Martel utilise l’expression «les penseurs de l’Armée de Marie» (p. 128, etc.), alors que le seul Penseur, c’est Dieu. L’abbé Martel parle de «mise en oeuvre savamment orchestrée» (p. 140), alors que le Maître d’oeuvre est Dieu.

L’abbé Martel dit que, dans l’Armée de Marie, «l’héritage catholique n’est pas rejeté, mais il est vidé de sa substance» (p. 145), alors que l’Armée de Marie recueille avec soin ce précieux héritage (abandonné par tant de représentants de l’Église de Pierre!), le complétant, il est vrai, à la lumière de la Co-Rédemption qui s’accomplit en notre temps.

Enfin, l’abbé Martel termine la conclusion de son livre en assimilant à des «séparations meurtrières» les conséquences des doctrines de l’Armée de Marie (p. 187). Mais qui érige un mur de séparation? Qui rejette le Plan de Dieu en notre temps, se séparant ainsi de la Source de toutes choses, et entraînant dans l’erreur le Peuple de Dieu qui est ainsi détourné de sa Source?

Mais il fallait sans aucun doute cette excommunication qui établissait un nouveau parallèle entre l’Église de Pierre et l’Église de Jean. En effet, voici ce que rappelait Padre Jean-Pierre au sujet des premiers temps du christianisme:

«Les premiers chrétiens ont été excommuniés en étant expulsés de la Synagogue. Cette excommunication a justement été l’élément qui a permis à la communauté chrétienne primitive de s’épanouir et de se répandre davantage, celle-ci étant désormais libre de tout lien avec la Synagogue, étant donc justifiée de ne plus regarder en arrière.

 «Ni les premiers chrétiens, ni l’Église de Jean, n’ont eu à choisir de rejeter quoi que ce soit. C’est l’institution en place qui s’est chargée d’excommunier et d’expulser, et ce, par des méthodes étrangement similaires.»

L’histoire se répète…

Il convient de rappeler ici ce passage des Actes des Apôtres :

«Considérant l’assurance de Pierre et de Jean et se rendant compte que c’étaient des gens sans instruction ni culture, les sanhédrites étaient dans l’étonnement. (…) [Ils] leur défendirent de souffler mot et d’enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean de leur rétorquer: “Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu? À vous de juger. Quant à nous, il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu.”» (Ac 4, 13-20)

«Pierre et Jean» tenaient tête au Sanhédrin. Les deux chefs de l’Église du Christ : Pierre, le Chef de l’Église de l’attente : «Que ton règne vienne». Jean, le Chef de l’Église qui verra l’établissement du Royaume terrestre, l’accomplissement de la promesse divine :

«J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle… (…) Celui qui siégeait sur le trône déclara : “Voici que je fais toutes choses nouvelles.”» (Ap 21, 1.5)

Sylvie Payeur Raynauld
Le 19 décembre 2010