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M'éloigner de l'Armée de Marie?... J'en suis incapable
Chicoutimi, le 4 septembre 2001
Conférence des Évêques catholiques du Canada
90, avenue Parent
Ottawa (Ontario)
K1N 7B1Messeigneurs les Évêques du Canada,
Cest à titre de catholique soucieux de la qualité de ma vie spirituelle, mais aussi à titre de membre de lArmée de Marie que je me permets de vous écrire afin de vous exprimer mes impressions concernant la «Note doctrinale des évêques catholiques du Canada sur lArmée de Marie», qui a été publiée le 15 août dernier.
À la lecture de votre document, jai été frappé par lavant-dernière phrase du dernier paragraphe, tout juste avant votre conclusion: «Malheureusement, nombreux sont ceux qui continuent dy adhérer, au mépris de lautorité ecclésiastique. » Cette phrase très importante soulève une grande question : Pour quelles raisons de bons catholiques, tel quil a déjà été dit des membres de lArmée de Marie, continuent-ils de participer aux activités dun mouvement qui, pourtant, a, à plusieurs reprises, fait lobjet davis dinstance ecclésiastique ?
Je ne puis savoir si vous vous êtes déjà posé cette question, mais cette phrase, bien quaffirmative, mincite à penser quune certaine réflexion en ce sens a déjà eu lieu. Je me permets de répondre à votre affirmation par ces quelques mots sur mon propre cheminement.
Au début des années 1970, jai choisi de faire mes études collégiales dans un séminaire (Saint-Augustin à Québec) et ce, principalement dans un but avoué de recherche spirituelle. En effet, lors de la rencontre initiale avec le Père responsable de la résidence, javais clairement exprimé mes attentes en ce sens. Au cours des deux années qui ont suivi, jai assisté à de profondes remises en question de la part de membres des communautés religieuses présentes, allant même jusquà plusieurs départs.
Cest au milieu des années 1975 que jai entendu parlé de lArmée de Marie. Cest avec une certaine appréhension que jai assisté pour la première fois à lune de ses rencontres. Jy ai cependant retrouvé une spiritualité remarquable, une spiritualité qui correspondait à ce que javais compris des enseignements de lÉglise. Mais je ne voulais pas prendre de chance avec ma vie spirituelle. Je nétais pas prêt à la mettre en péril ; la prudence simposait après ce que javais vécu au séminaire.
Ainsi, tout au cours de ma formation académique qui a suivi et qui a duré plus de 10 ans à luniversité, formation qui ma mené pendant quelques années aux États-Unis afin dobtenir un premier, puis éventuellement un deuxième doctorat, jai conservé une certaine distance par rapport à lArmée de Marie. Cette distance ma aidé à bien comprendre cette uvre et à être bien certain de mes convictions. Pendant cette période, jai lu tout ce qui concernait lArmée de Marie, et jai eu la chance de discuter et même parfois de me confronter à certains auteurs. Jai assisté à un grand nombre de cérémonies et jai même fait, à titre daccompagnateur, un pèlerinage en Europe.
Jusquen 1993, jai observé, jai critiqué et jai prié pour que mon choix soit pleinement éclairé. Jai vécu de près la polémique de 1987 et des années qui ont suivi. À travers toutes ces années, je nai jamais senti dinsistance de la part de qui que ce soit, jai toujours été accueilli comme un frère. Je nai jamais ressenti que les gens qui participaient aux activités étaient manipulés ou mal informés. Je peux même affirmer sans crainte que les 26 années que jai passé à côtoyer des gens de lArmée de Marie mont prouvé tout à fait le contraire. Jy ai vu des catholiques fervents, profondément croyants et pratiquants. Des gens qui ne cherchaient à épater personne, mais qui vivaient en toute simplicité, dans chacune de leur famille une profonde spiritualité. Ces familles, vous le savez bien, ont donné à lÉglise de nombreuses vocations religieuses. Y a-t-il lieu à cet égard de vous poser certaines questions ?
Jai aussi perçu de la part des dirigeants un grand respect des convictions de chacun et du cheminement individuel. Je ny ai vu aucune sollicitation de la part de quiconque. Jy ai plutôt constaté le contraire, tant par le don de soi que par lattitude de charité fraternelle profondément vécue dans chacune des uvres. Je pourrais longuement vous entretenir sur ce qui pourrait presque représenter une étude de 18 ans sur lArmée de Marie, réalisée par un observateur non membre, qui en toute bonne foi et sans avantage aucun, navait pour seule préoccupation que ce qui lui apparaissait et lui apparaît encore le plus important, soit sa propre vie spirituelle.
18 ans, cest le temps que jai pris avant de devenir membre de lArmée de Marie. Pendant cette période, dans nos paroisses, nous avons assisté à de nombreux départs de religieux, à de multiples tentatives dadaptation des pratiques religieuses pour répondre aux attentes des fidèles, à une tolérance parfois aveugle de certaines pratiques (contraception, avortement, sexualité, etc.) par des catholiques pourtant pratiquants, à une diminution de la ferveur et en conséquence, depuis quelque temps, à la fermeture déglises.
Vous me demandez aujourdhui de méloigner de lArmée de Marie pour retourner à la pratique exclusive qui mest offerte dans nos paroisses. En toute conscience et dans un sentiment dappartenance à lÉglise de Rome, jen suis incapable. Bien au contraire, par votre démarche, vous renforcez mes convictions, car je suis, moi aussi, inquiet du risque de «division pesant sur lintégrité et lunité de la foi catholique au Canada». En effet, lorsque je constate quun organisme aussi représentatif que le vôtre porte un pareil jugement sans avoir adéquatement rencontré les gens (1), sans avoir vérifié sur place (Spiri-Maria) ce quil en était vraiment, sans avoir fait une étude exhaustive de la question, je suis inquiet.
Je suis convaincu que de me détourner de lArmée de Marie et de retourner à ma pratique antérieure entraînerait chez moi un recul important dans mon cheminement personnel et dans lapprofondissement de ma foi. En toute conscience, je ne suis nullement prêt à accepter cette éventualité. Cest pourquoi, malgré tout le respect que je vous dois, je me permets de maintenir lensemble de mes activités au sein de cette uvre qui ma tant apporté.
Donald Aubin
1- Jai été parmi les 3 laïcs rencontrés par Mgr Cazabon et ce à ma demande insistante. Cette rencontre de 3 heures, dont le contenu, à la demande de Mgr Cazabon, doit demeurer secret, a été à ma connaissance la seule rencontre formelle de Mgr ou de toute autre autorité ecclésiastique avec des laïcs. Pourtant, la Note doctrinale est avant tout destinée aux fidèles laïcs.
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