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«Catholiques nous le sommes... et nous le resterons»
Conférence des Évêques catholiques du Canada
21 octobre 2001
Nosseigneurs les Évêques du Canada,
Vous avez maintes fois remarqué, tout comme moi, combien les personnes, les événements et les choses peuvent paraître différents selon quils sont saisis dans une perspective ou dans une autre et, de manière plus évidente encore, selon quils sont observés à partir dun bout ou de lautre de la lunette! Jen ai pour exemple le fait suivant.
Le papa de mon gendre est décédé le 8 septembre dernier. La cérémonie des funérailles a été célébrée le matin du 11 suivant. Je ne serais pas surpris que lami de mon gendre se souvienne aisément de la date de lenterrement parce quil est survenu le matin même de lattentat contre le World Trade Center. Par contre, mest avis quAnita, lépouse, se souviendra plutôt de la date de lattentat du 11 septembre parce quil est survenu le jour des funérailles et de lenterrement de son mari. Voilà deux points de vue tout à fait différents qui, marqués tous les deux par des sentiments intenses, sont nés de perspectives apparemment contraires. Que faut-il en déduire pour le cas qui nous intéresse ici?
Vous, Nosseigneurs les évêques, avez perçu dans lArmée de Marie, chez Marie-Paule et chez ses adeptes qui se disent de foi catholique sur tous les points, une véritable menace pour la foi des catholiques du Canada parce quils vous semblent biaisés dans leurs croyances, osés dans leurs prétentions et leurs témoignages et entêtés dans leur résistance à lautorité que vous représentez, collégialement, dans lÉglise. Cest du moins ce qui ressort de la Note doctrinale que vous avez émise contre eux le 15 août dernier, après moult avertissements dites-vous, et surtout après une étude approfondie dun dossier qui me semble toutefois de plus en plus loin de la réalité, de celle qui continue pourtant de sauter aux yeux! Tel est votre point de vue, que je comprends et que je pardonne, même sil nest pas avoué, parce quil vous situe, non irrémédiablement jespère, à cette extrémité de la lunette qui nest évidemment pas la mienne en ce qui concerne lOeuvre visée.
Quand je suis revenu au Québec avec mon épouse et nos trois jeunes enfants en 1973, soit après sept années de vie à létranger dont cinq en Afrique et deux en France, lOeuvre de lArmée de Marie nen était encore quà ses premières armes. Or la Providence a permis que des amis nous la fassent connaître à travers de magnifiques cérémonies eucharistiques et mariales, des conférences absolument édifiantes, des pèlerinages mémorables en divers pays dEurope, et des activités particulièrement stimulantes comme la pratique du chant choral pour nen mentionner quune. Tout ce programme nous réunissait dans nos églises afin de nous aider en quelque sorte à ne pas tomber dans ces extravagances qui commençaient déjà à simposer tout particulièrement au Québec, telles les homélies livrées par des laïcs, voire des femmes, les guitares et instruments de percussion comme supports à bon nombre de chants profanes, les comités daccueil des débuts et les casse-croûte des fins de messe.
Tout cela et bien dautres initiatives du genre navaient finalement pour effet que de ramener le sacerdoce et le prêtre au rang des fidèles, que dintroduire «le monde» dans la maison de Dieu, que de reléguer au second plan, sinon aux oubliettes, les temps dadoration ou daction de grâce dans le silence, de même que le temps de recourir au sacrement de Pénitence avant de recevoir lEucharistie. Avec une telle divergence de vue et à la suite de multiples impositions sujettes à questionnement, aussi bien dans la liturgie que dans lenseignement doctrinal, nous nous sommes retrouvés au centre dune inconfortable dichotomie. Il nous importait de savoir, par exemple, qui, de lÉglise ou de lOeuvre, tenait les positions les plus défendables, ou encore à quelle autorité lArmée de Marie pouvait prétendre face aux autorités de lÉglise locale, laquelle, pour lors, voyait tant de «fidèles» labandonner en la plongeant conséquemment dans une véritable crise de vocations.
Notre foi en lÉglise catholique ne nous obligeait pas à rejeter la question ni à prendre plutôt nos distances. Bien au contraire, elle nous imposait den chercher la réponse. Pour ce faire, il fallait revenir à nos lunettes et les prendre par la bonne extrémité, celle qui permet de voir les choses de plus près, dans les détails, celle qui aide à comprendre ce qui se passe et ce qui correspond à notre véritable intérêt... avant quil ne soit trop tard...
Que nous est-il advenu depuis que nous avons adopté cette attitude, cest-à-dire depuis plus de vingt-cinq années de vérification vécue de lintérieur? Durant ce temps où le monde (et notre entourage) a continué de se déchristianiser et après avoir compris le rôle absolument providentiel de lArmée de Marie et de ses Oeuvres connexes, grâce à la fidélité, à la générosité et à limmense amour de Marie-Paule, la fondatrice, nous avons tout simplement grandi dans la foi et la pratique religieuse avec nos enfants dans un climat sain et dans un indéfectible attachement à lÉglise et au Saint-Père. Nos trois enfants ont grandi, sont devenus autonomes et nous ont permis, avec nos évêques protecteurs de lépoque et nos dirigeants, de nous donner entièrement à lOeuvre il y a treize ans, mon épouse comme religieuse, et moi comme religieux dans la communauté des Fils et Filles de Marie. Lannée suivante, en 1989, notre dernier garçon me rejoignait chez les Fils de Marie.
Cest avec la plus grande joie que je passe en revue ces treize années écoulées, dont quatre à létude de la philosophie et de la théologie à Rome, deux en tant que responsable des novices au Québec et cinq en mission jamaïquaine... Cest avec grande fierté que je vois évoluer nos 11 petits-enfants et leurs parents, tous aussi fidèles à leur consécration à Marie. Cest enfin avec la plus profonde émotion que je vois mon épouse se donner entièrement aux religieuses qui lui sont confiées, aux personnes âgées de la maison quelle dirige, aux jeunes de plus en plus assidus aux temps de retraites ou aux camps dété.
Peut-on demeurer indifférent à tant de grâces dont la source nous est devenue si chère, si précieuse? Peut-on ne pas vous inviter à reprendre les lunettes dans le bon sens quand on voit, tous les jours et depuis 25 ans, se révéler de plus en plus le mystère? Personnellement, je ne peux me tenir coi, surtout que tous les miens ont déjà témoigné haut et fort dans cette rubrique, en faveur de celle qui, à linstar de Marie Mère de lÉglise, nous a conduits ou remis avec tant dautres sur la Voie de lAmour.
Croyez-moi: catholiques, nous le sommes et nous le resterons toujours, avec la grâce de Dieu et la protection de la Dame de Tous les Peuples.
Bien respectueusement,
Frère Bernard Carbonneau, o.ff.m.
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