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PLACE À L’AMOUR

Fontenay-sous-Bois, le 3 décembre 2001

Gérard Delion
160, avenue de Tassigny
94120 Fontenay-sous-Bois

Même si la collégialité des évêques du Canada a remarquablement bien fonctionné pour condamner l’Armée de Marie, je me dis qu’elle aurait pu aussi bien fonctionner dans le sens inverse si leurs auteurs avaient tenu compte de la pensée profonde du serviteur des serviteurs de Dieu, le Pape Jean-Paul II. Les années passent, mais les écrits restent. Ainsi, en 1994, lorsque le Saint-Père répond dans un livre* aux questions du journaliste Vittorio Messori, il ne se contente pas de donner son point de vue personnel. Il parle en tant que chef de l’Église: «L’Église est ouverte au dialogue avec tous les autres chrétiens, avec tous les membres des religions non chrétiennes et avec tous les hommes de bonne volonté... L’Église annonce l’Évangile avec tous ceux qui confessent le Christ.» On ne peut qu’approuver une telle ouverture inspirée de cette prière du Christ: «Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé

Parlons maintenant des fidèles du Christ. «Tous, en effet, dit le Saint-Père, nous croyons au même Christ, et cette foi est essentiellement l’héritage de l’enseignement des sept premiers Conciles oecuméniques, tenus avant l’an mille. Il existe donc des bases pour dialoguer, pour élargir l’espace de l’unité, et les échanges doivent aller de pair avec le souci de dépasser les divisions, dont la cause principale est la conviction d’être seul à détenir la vérité. Les divisions sont certainement contraires à tout ce que le Christ avait établi.» Dialoguer, dépasser les divisions ! Est-ce que nous voyons cela en lisant la Note doctrinale des évêques catholiques du Canada émise à l’encontre de l’Armée de Marie? Par qui les paroles du Souverain Pontife sont-elles véritablement respectées et imitées? Certaines bases fondamentales établies par le Christ auraient-elles été abandonnées?

S’agissant, par exemple, des Églises orthodoxes, «le seul fait que nous puissions nous réunir pour prier ensemble constitue déjà un progrès très appréciable», fait remarquer Jean-Paul II. Autres questions: cette Note doctrinale à l’encontre de l’Armée de Marie s’inscrit-elle dans « le désir et la recherche d’unité»? Alors, pourquoi accuser, condamner, briser quand le chef de l’Église invite à la réconciliation, au dialogue avec tous les peuples et avec les représentants de toutes les religions?

«Le Concile n’a fait qu’ouvrir la voie vers l’unité. Il l’a ouverte avant tout du côté de l’Église catholique...» Et aussi: «Il faut d’abord chercher à se libérer des stéréotypes, de la routine. Mais il faut surtout faire ressortir l’unité qui existe déjà de facto.» A-t-on mis en pratique ces paroles de Jean-Paul II en ce qui concerne l’Armée de Marie?

«Il faut par-dessus tout prier beaucoup, entreprendre de se convertir soi-même, apprendre à louer et implorer Dieu en commun, et aussi œuvrer ensemble pour la justice et la paix, pour une organisation plus chrétienne de l’ordre du monde et pour que tous les fidèles du Christ remplissent la mission à laquelle ils ont été appelés dans le monde.» On ne peut être plus explicite.

Si «les fils d’Israël sont “nos frères aînés”, grâce au dialogue», que sont les membres de l’Armée de Marie pour l’Église catholique? Que sont précisément ses membres laïcs et ses membres religieux pour l’Église catholique? Sont-ils différents des autres chrétiens? Est-ce que ces questions ont été considérées avec «tout le sérieux désirable»?

En conclusion: «Le véritable artisan de l’unité ne pourra être que l’Esprit Saint, qui seul saura discerner le moment où les mentalités humaines auront suffisamment évolué pour que la marche vers l’unité arrive à son terme... Le deuxième millénaire a connu, aussi bien en Orient qu’en Occident, de profondes ruptures qu’il est aujourd’hui urgent de dépasser. Allons-nous finalement «rendre raison de l’espérance qui est en nous», cette espérance issue de la charité que nous exerçons envers le prochain quel qu’il soit, pour l’amour de Dieu?

Quelques années plus tard, le 18 janvier 2000 précisément, le Saint-Père déclarait: «Nous demandons pardon à Dieu et, les uns aux autres, pardon pour le péché commis contre l’unité de l’Église... C’est à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie que nous confions en particulier la prière commune pour l’unité, qui s’élèvera de toutes les Communautés ecclésiales, afin qu’elle suscite partout des attitudes et des gestes de véritable réconciliation et d’amour fraternel.» Cet appel qui n’a également pas été retenu par les évêques du Canada agissant contre l’Armée de Marie fera peut-être réfléchir aujourd’hui.

Plus récemment, le 27 septembre 2001 à Erevan, au Kazakhstan, Jean-Paul II ponctuait: «Jamais plus de chrétiens contre chrétiens, jamais plus Église contre Église.» Donc, halte aux actions blessantes, humiliantes et déshonorantes. Place à l’Amour.

Gérard Delion, France

(*) Entrez dans l’Espérance.


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