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Une Église en péril

24 août 2001

Conférence des évêques catholiques du Canada

Membres de la Conférence des évêques catholiques du Canada

La présente fait suite à la Note disciplinaire écrite à l’endroit de l’Armée de Marie. C’est toujours avec consternation, mais non sans surprise, que j’assiste à l’acharnement dont vous faites preuve à l’endroit de l’Armée de Marie et de sa fondatrice Madame Marie-Paule Giguère.

C’est également toujours avec étonnement que je prends connaissance de vos arguments afin de «mettre en garde» le peuple de Dieu contre ce mouvement. C’est avec constance et opiniâtreté que vous «accomplissez votre tâche pastorale» contre une Oeuvre qui comporterait «des dangers réels pour l’Église catholique au Canada et pour la foi de ses membres».

Cependant, permettez-moi de vous dire que nous n’avons pas la même définition de la dangerosité. Faisant partie de l’Armée de Marie depuis près de vingt ans, je suis en mesure de vous affirmer que l’Armée de Marie et ses Oeuvres connexes ont toujours eu le souci de transmettre l’Enseignement traditionnel de l’Église catholique romaine. C’est grâce à l’Armée de Marie également si, aujourd’hui, j’ai soif de spiritualité authentique. C’est grâce à l’Armée de Marie si je puis avoir aujourd’hui un esprit de discernement solide en regard de la foi et de la morale et ce, via les lectures et les enseignements que nous propose l’Oeuvre, quoi que vous puissiez en penser. Ces lectures sont celles de notre Sainte Mère l’Église, avec en premier lieu l’Écriture Sainte et tout ce qui en découle: la Doctrine sociale de Léon XIII à Jean-Paul II, les documents conciliaires, le Magistère de l’Église, les écrits des saints, des docteurs, des Pères de l’Église, etc. Ces lectures sont également tous les écrits de notre fondatrice, Mère Paul-Marie, qui, lues avec ouverture à la grâce et non avec un esprit tordu, éclairent celui et celle qui cherchent une nourriture spirituelle substantielle. Et c’est à une Oeuvre comme celle-ci qu’on reproche de comporter des dangers réels pour l’Église catholique au Canada?...

Croyez-moi, l’Église canadienne est très capable elle-même de se mettre en péril et c’est ce qu’elle fait actuellement. Combien de rendez-vous manqués dans moult domaines où l’Église du Canada aurait eu l’occasion de proclamer haut et fort les enseignements du magistère en matière de dogme et de morale? Combien de fois l’Église du Canada n’a pas joué son rôle à des moments où la foi et les enseignements du magistère étaient remis en cause, souvent même de l’intérieur? Combien de fois l’Église du Canada n’a pas fait tout ce qui est en son pouvoir afin que le peu de vocations attirées par le sacerdoce ministériel soient formées à la hauteur de leur sublime mission? C’est par de tels comportements que certaines hautes instances de l’Église actuelle mettent en danger la foi. En conséquence, pour beaucoup la désertion de nos lieux de culte par les fidèles est due à votre propre manque de conviction envers la foi que vous prétendez défendre aujourd’hui face à l’Armée de Marie. On ne peut reprocher aux fidèles la tiédeur, alors que ceux qui ont la tâche de motiver les troupes sont en contradiction à certains moments avec leur propre foi. «L’Esprit est fort et la chair est faible», me direz-vous et, croyez-moi, je suis le premier à le déplorer quotidiennement dans ma vie. Toutefois, dans le traitement de certains dossiers, notamment celui qui nous occupe aujourd’hui, celui de l’Armée de Marie, je doute fort que les désirs de vérité et de justice étant supposés être au cœur de toute démarche pastorale furent mis au premier plan de vos «investigations».

Cependant, au lieu d’affronter les véritables défis qu’attend l’Église à l’aube de ce troisième millénaire, au lieu de se comporter de façon virile face à toutes les difficultés auxquelles l’Église doit faire face dans un monde sécularisé et indifférent à la foi, on s’acharne contre une Oeuvre et sa fondatrice, laissant croire aux gens, qui normalement seraient en droit d’attendre de vous des directives justes et éclairées, que l’Église canadienne est en danger et ce, à cause de l’Armée de Marie!... C’est de loin ce que j’ai lu de plus triste depuis longtemps, surtout venant de la plume de gens qui, en principe, devraient demander les lumières de l’Esprit Saint quotidiennement dans la lourde tâche qui leur incombe.

Pour ma part, je prie chaque jour pour vous afin que vous ayez les preuves irréfutables, et le jour n’est pas loin, que l’Armée de Marie est vraiment une Oeuvre de Dieu pour notre temps et que sa fondatrice, Mère Paul-Marie, est vraiment Celle que le Seigneur a choisie afin de donner au monde un mouvement inspiré par le Véritable Esprit. Ainsi j’ose espérer que vous aurez l’humilité de revenir à de meilleurs sentiments et ce, dans votre propre intérêt...

En terminant, je vous exhorte à mon tour à revenir à des considérations «plus sages» que celles dont j’ai pris connaissance dans la dernière Note disciplinaire. Saint Thomas souligne à l’instar du Philosophe, dans le «Contra Gentiles», que «l’office du sage est de mettre de l’ordre» [I Metaphys., II 3; 982 a]. Vous auriez avantage, vous qui avez la très grave responsabilité de guider les fidèles, à vous pencher avec un peu plus de sagesse et de prudence sur le cas de l’Armée de Marie.

Pierre Gagné
26, rue Caron
Loretteville QC G2B 3H3


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