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Lettre ouverte
DISCERNER ENTRE LE FEU DE L'ESPRIT ET LA FUMÉE D'UNE BRAISE
S. Exc. Mgr Couture
Diocèse de Québec
Québec QCLe 19 août 2001
Excellence,
Je viens de prendre connaissance de la «Note doctrinale» émise par les évêques catholiques du Canada sur l'Armée de Marie. Sans les lumières appropriées, je ne crois pas parvenir à y voir très clair. Je frappe donc à votre porte, convaincu que vous êtes la personne la plus habilitée à me venir en aide.
D'abord, que veut dire «Note doctrinale»? J'ai eu recours au dictionnaire lexique Larousse. Pour Note, on dit: «Notes de l'Église: caractères qui permettent de discerner la véritable Église fondée par Jésus-Christ. Les quatre notes sont: la sainteté, l'unité, l'apostolicité et la catholicité.» Et pour doctrinal: «se dit de ce qui est relatif à une doctrine», bien sûr. Pour nous, cette doctrine serait basée sur la Parole de Dieu, surtout le Nouveau Testament, ainsi que sur le Magistère catholique romain.
Si jusqu'à présent nous nous entendons, je devrais donc m'attendre à ce qu'une «Note doctrinale» soit un enseignement tout teinté de l'amour du Christ envers tout chrétien. En surcroît, dans ce cas-ci, puisqu'elle est dictée par «les» évêques du Canada, le «des» dans le titre prend la place d'un article défini. C'est donc du très sérieux.
Pourtant, dès le premier paragraphe, voilà qu'à deux reprises je me sens déjà bloqué par le verbe «interdire». J'ai à peine commencé à lire que déjà je m'empêtre. Le Cardinal Maurice Roy a dit que c'est très bien, et voilà qu'arrive son successeur qui, tout de suite, dit non à la même «Union pieuse». De plus, l'on condamne une prière de Marie, qui est pour moi la «Dame de tous les Peuples». Condamnation faite par le diocèse de Québec seulement? Qu'est-ce qui est si dérangeant? Avouez que, pour le lecteur de votre «Note», ceci est très intrigant, sinon mystérieux. Ce n'est donc pour moi, à prime abord, nullement un enseignement. Veut-on vraiment dire «interdire»? Il y a là tout un matériel pour ouvrir un débat, ne croyez-vous pas?
À Fatima, Marie a bel et bien dit aux voyants, le 13 juillet 1917: «Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Coeur Immaculé.» Dieu veut... pour Marie une très grande dévotion... peut-on alors l'interdire? Question troublante, il me semble, ne trouvez-vous pas?
Au troisième paragraphe, me voilà tout abasourdi: «L'Armée de Marie comporte des dangers réels pour l'Église catholique au Canada...» Tout le Canada? Vraiment?... Cela me semble pas mal exagéré? Ne serait-ce pas plutôt pour la région de Québec? Prendre tout le Canada à témoin pour étouffer une histoire qui ne semble limitée qu'à une région précise dans la belle Province ressemble à de la panique. Quels sont ces dangers? Y a-t-il quelques catholiques bien instruits sur l'Armée de Marie qui puissent croire à cela? Si c'est aussi grave que vous le dites, votre terme «exhortons» me semble alors bien faible, puisque ses synonymes sont: «inciter, inviter, encourager, engager, porter à, pousser à», sans toutefois être catégorique..., cela ne manquerait-il pas de tonus? Ma propre vigilance défaille ici, car je ne saurais mordre à une mise en garde trop peu énergique. Tout cela me rappelle une petite histoire de mon enfance. Permettez-moi de vous la raconter.
Guillaume, l'apprenti berger, avait peine à discerner à distance entre le loup et son chien berger. À tout instant, il criait: «Au loup!» jusqu'à ce que les gens se désintéressent en vain à lui porter secours. Un jour, le vrai loup apparut et décima le troupeau en un clin d'oeil, sans que personne crût que, cette fois-là, ce fut vrai. Il se trouva alors sans secours. Par manque de jugement, le pauvre Guillaume tout confus s'en trouva du coup fauché à tout point de vue.
Ne serait-ce pas un peu ce qui est en train d'arriver dans notre Église? À trop crier interdits... dangers réels... révocations... interventions... manque de respect..., et j'en passe..., sans expliquer le pourquoi, les gens se désintéressent, se lassent, se laissant plutôt embobiner par d'autres religions, quand ce ne sont pas des sectes ensorceleuses aux chants de sirènes.
Ce dimanche-ci, Jésus nous rappelle qu'Il est «venu apporter le feu sur la terre et comme Il voudrait qu'il soit déjà allumé» (Luc 12, 49). Heureux les habilités à gérer les feux pour en tirer les plus grands bénéfices. Par contre, tristes sont ceux qui ne peuvent discerner entre le feu de l'Esprit et la fumée d'une braise engourdie sous les cendres.
Isaïe (42, 2-3), repris par Matthieu (12, 19-20), en parlant du vrai berger, dit: «Il ne fera point de querelles, ni de cris et nul n'entendra sa voix sur les grands chemins. Le roseau froissé, il ne le brisera pas et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas jusqu'à ce qu'il ait mené le Droit au triomphe.» Ces paroles peuvent et doivent s'appliquer à toute personne servant dans l'Église, du plus petit jusqu'au plus grand serviteur de Dieu.
Enfin, qui peut se vanter de pouvoir lire tout d'un trait toutes les pensées de Dieu. Heureux sommes-nous que des mystiques nous aient appris que Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Il suffit de revoir 1 Co 12, 10-11, pour saisir que nul ne possède tous les talents. Cependant, dans le Corps mystique du Christ sont répartis, d'un être à un autre, les charismes octroyés par le même et unique Esprit qui distribue ses dons comme Il l'entend. Or, il se pourrait fort bien que Dieu fasse surgir encore aujourd'hui des mystiques qui dérangent, interpellent, qui pourraient même écrire sur les mêmes lignes que Dieu. Qui sait? Que de saints ont été condamnés par l'Église avant que l'on reconnaisse leurs mérites! Ils ont été canonisés longtemps après leur mort et, en majorité, les gens qui les entouraient n'étaient évidemment plus là à leur canonisation.
En conclusion, je suis navré de décevoir Votre Excellence du fait que votre «Note doctrinale» ne parvient pas à me convaincre que l'Armée de Marie est totalement hérétique et condamnable. Il ne sera pas nécessaire, je crois, de réinventer l'Inquisition non plus, du moins je l'espère, sauf s'il vous convenait d'entendre beaucoup de sornettes, de balivernes, même des hérésies venant de prêtres qui m'ont scandalisé. Pourtant ceux-ci n'ont même pas à se soucier de passer, un jour, au banc des accusés, devant des juges auteurs de «Notes doctrinales», non, car ils sont affranchis et n'ont pas à passer et à repasser des examens de savants théologiens et d'érudits exégètes. Par contre, dans l'Armée de Marie, aux rencontres et journées de prière auxquelles j'ai participé, je n'ai jamais entendu de ces propos contraires à l'enseignement de l'Église.
Ne serait-il pas sage d'établir des terrains fertiles au dialogue? Qui pourra nous dire: «Qui est pour Jésus? Qui est pour Marie? Qui est contre?» Marc 9, 40: «Qui n'est pas contre nous est pour nous.» Donc, une doctrine de foi, il me semble, doit être un enseignement auquel tous ont accès. C'est ainsi que se découvrent ceux qui sont pour et ceux qui ne le sont pas. Les critères sont immuables: la recherche de sainteté, d'unité, d'apostolicité et de catholicité.
Je suis anxieux de connaître vos réponses... Elles sauraient m'être très précieuses puisque je désire un limpide éclairage dans toute cette affaire.
Bien vôtre en la recherche de la Vraie Lumière.
Gabriel Lalande
608, rue Mack
Cornwal ON K6K 1R7c.c. À qui de droit
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