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Que vaut la Note doctrinale prononcée contre l’Armée de Marie ce 15 août 2001?

Nous venons de prendre connaissance de la Note doctrinale des évêques du Canada contre l’Armée de Marie et ses oeuvres connexes. L’article qui suit se veut une réponse à cet égard, en s’interrogeant d’abord sur la dirigeante de l’Armée de Marie, puis en relatant les péripéties qui entravèrent cette oeuvre au sein de l’Église, pour enfin exposer pourquoi la Note doctrinale énoncée envers elle se voit entachée d’irrégularité, la rendant de nul effet.

De quelle nature est la dirigeante de cette Oeuvre? S’agit-il d’un prophète? Pour déterminer les caractéristiques définissant une telle personne, la lecture de l’Ancien Testament est une référence de premier choix. Nous voyons là de quelle façon Dieu intervient auprès de son porte-parole pour exprimer ses volontés, prédire l’avenir et révéler des vérités cachées (Petit Robert 1). Cette personne côtoie ainsi le divin par une expérience personnelle que l’on définirait aujourd’hui de mystique. On la voit souvent monter aux barricades et en butte à la contradiction. Les messagers de Dieu sont ainsi envoyés afin de redresser les voies que l’homme a faussées, veillant alors à la réalisation du plan de Dieu, ce qui ne peut se faire sans heurts. Comment reconnaît-on qu’il s’agit d’un prophète authentique? Il suffit de vérifier si ses prédictions se réalisent. Les messages du ciel sont toutefois toujours pour un futur indéterminé, s’éclairant dans le temps au rythme de Dieu auquel il faut s’accorder, mais sans les devancer, ce qui demande une humilité à toute épreuve.

Tout de la dame n’est que don, pardon, abandon et anéantissement. Elle se juge elle-même servante inutile, le zéro à qui rien n’appartient, mais elle est dédiée totalement à l’Oeuvre qui lui est confiée, se soumettant en tout à la volonté de Dieu. D’autre part, nous pouvons juger de ses qualités par les fruits que porte l’arbre de sa mission. Il n’y a toutefois, dans ce procédé, aucune recherche du merveilleux pour une chose en soi, mais elle est au contraire constamment sur la croix. Il faut admettre que les charismes de personnes mystiques conduisent vers des chemins parfois surprenants. Rappelons-nous que les voies de Dieu sont au-dessus de celles des hommes et qu’il n’y a rien d’étonnant que Ses actions soient ainsi perçues.

L’Église, nous enseigne Vatican II, est le Corps mystique du Christ. La vie mystique, de l’étymologie même du mot, signifie: «qui concerne les mystères de la religion» et en est le fondement qui l’anime. Or, qu’apercevons-nous de nos jours depuis ce dernier concile, sinon que cette vie de mystères est battue en brèche et continue d’être entourée de silence? Il faut noter que l’Église en a pourtant reçu le dépôt et le gardiennage, de même que la responsabilité de l’entourer de soins de manière à la conduire à son éclosion. Le clergé a plutôt choisi de s’orienter de plus en plus vers le monde et ses maximes: le mariage des prêtres, la consécration des femmes prêtres, l’absolution collective, l’abandon de l’habit religieux, etc. Nous avons aussi observé que, parallèlement à cette action, se vit à l’intérieur de l’Église une contestation de son autorité à tous les niveaux, ce qui contribue à la miner considérablement, tout en freinant la conversion des âmes, faute de modèle à suivre.

Là est le noeud gordien de cette église du monde, où on n’y perçoit plus qu’à la manière des hommes.

Pour faire savoir au monde entier que les messages exprimés par la servante sont authentiques, Dieu interviendra à sa manière le moment venu. L’exemple ultime nous provient de Marie, lorsque Dieu la justifia auprès de Joseph dans sa grossesse. Son humilité fut assez grande pour laisser à Dieu toute la place pour agir. Elle avait alors compris que cette Oeuvre était de Lui et que l’initiative Lui appartenait en tout, ce qu’elle a su respecter au plus haut degré. C’est dans cette attente que sa foi fut rivée sur le ciel, assurée qu’Il interviendrait à son heure. De la même façon et avec la même attitude attentiste de la servante dans la cause présente, Dieu fera voir son jugement à son heure.

Certains ont reproché à la fondatrice d’avoir désobéi aux évêques depuis le décret de 1987 du Cardinal Vachon, alors qu’elle ne faisait qu’obéir à des directives contraires venues de Rome. Il est toutefois nécessaire de rappeler que les messagers de Dieu sont continuellement confrontés à des épreuves déchirantes. On n’a qu’à se rappeler l’épisode de Jérémie où Dieu lui disait: «Je leur annonce mes décisions au sujet de leurs méfaits: ils m’abandonnent, ils brûlent les offrandes à d’autres dieux, ils se prosternent devant l’oeuvre de leurs mains. Mais toi, tu vas te ceindre les reins, te lever et leur annoncer tout ce que je te commande; ne te laisse pas accabler par eux, sinon c’est moi qui t’accablerai devant eux» (Jr 1, 16-17). Le messager est ainsi cerné de part et d’autre sur la conduite à suivre, tout en sachant qu’il ne peut rien refuser à Dieu.

Ce dilemme se refléta aussi pour Jeanne d’Arc lorsqu’on mit en doute le fondement de ses actions. Elle affirmait alors: «Si je disais que Dieu ne m’a pas envoyée, je me damnerais. Vrai que Dieu m’a envoyée» (Jacques Maritain, De l’Église du Christ: la personne de l’Église et son personnel, Desclée de Brouwer, Bruges, 1970).

Dans le contexte décrit ci-dessus, faute d’ouverture sur le plan mystique, les incompréhensions avec les autorités religieuses étaient susceptibles de s’accroître.

Ce combat s’est depuis manifesté plus ouvertement lorsque le cas de l’Armée de Marie fut débattu devant le tribunal ecclésiastique après la révocation de son statut canonique par le Cardinal Vachon. Dans ces deux circonstances, la règle de droit «Audi alteram partem» (nul ne peut-être condamné sans être entendu) ne fut pas appliquée pour la fondatrice. Ce défaut constitue en soi un vice majeur, rendant en conscience les décisions qui s’ensuivirent iniques et invalides. Ceci saurait s’appliquer pour la Note doctrinale ainsi que pour toute autre décision comportant une faute à cette règle.

Un tribunal civil, dans ces conditions, aurait invalidé cette cause, et obligé la reprise d’un procès ainsi biaisé. Pourquoi les hommes de Dieu ne sauraient-ils respecter au minimum une telle règle, eux qui invitent continuellement au dépassement? Les hommes du monde qui sont mauvais sauraient-ils être plus justes que les hommes de Dieu?

Ce qui se produisit dans le cas du procès de Jeanne d’Arc, où ses pourfendeurs furent tous déboutés, déconvenus, se produira donc de nouveau. Dieu n’a que faire de ces avocasseries. L’histoire est pleine d’enseignements qui nous montrent que, parfois, les hommes ne se montrent pas suffisamment sages pour apprendre de celle-ci. Les conseils de Gamaliel ne savent plus être entendus et faire reculer les hommes devant la menace de se trouver en guerre contre Dieu. La Dame de Tous les Peuples nous en prévient par l’oracle suivant: «Les puissances de l’enfer vont se déchaîner. Elles ne vaincront pas la Dame de Tous les Peuples» (48e vision, 3 décembre 1953, p. 238). Ce passage est semblable aux deux versets suivants du prophète Jérémie, prononcé par Dieu: «Moi, aujourd’hui, je fais de toi une place forte, face au pays tout entier, face aux rois de Juda, à ses ministres, à ses prêtres et à sa milice; ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi: je suis avec toi - oracle du Seigneur - pour te libérer» (Jr 1, 18-19).

Hier comme aujourd’hui, Jésus continue d’instruire son Église, Il nous l’a promis. L’épisode des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 27) est révélateur a`ce sujet. Il disait aussi: «J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant; lorsque viendra l’Esprit de vérité, Il vous fera accéder à la vérité tout entière» (Jn 16, 12-13), ce qui implique qu’il continuera de se servir de qui Il veut et du moyen qu’Il juge approprié. L’essentiel est de savoir demeurer à l’écoute afin de déceler et de savoir utiliser les serviteurs qu’Il envoie à son Église. Les hommes ont tendance à oublier que les connaissances de l’Église d’aujourd’hui reposent sur beaucoup de ces personnes mystiques à qui Elle a pourtant fait la vie dure.

En dépit de la conduite des hommes dans ce combat, Marie nous a prévenus à Fatima de son issue: «À la fin, mon Coeur Immaculé triomphera.» Notre coeur repose donc en Elle, c’est son heure, mais malheur aux hommes qui la combattront!

Paul Robertson
2650 Prévert
Longueuil Qc J4L 1T7


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