liste des lettreslettre précédentelettre suivante

Réponse à l’avis de M. Colin B. Donovan, STL, donné sur le site Internet de EWTN

Le 22 octobre 2001, un ancien membre de l’Armée de Marie du Texas s’adressait au site Internet du réseau EWTN (1) pour avoir de l’aide: cette personne avait appris que l’Armée de Marie avait été bannie par le Vatican et les évêques catholiques du Canada; elle s’interrogeait sur les messes célébrées par les Fils de Marie et, vu l’exhortation des Évêques canadiens à ne plus prendre part aux activités de l’Armée de Marie, elle se disait troublée au sujet de son obéissance à l’Église, ses amis lui demandant de rester dans l’Armée de Marie.

M. Colin B. Donovan, licencié en Théologie sacrée, lui a répondu en rappelant le Droit canonique qui exige que les prêtres soient «“incardinés” dans un diocèse ou une communauté ou une congrégation de droit pontifical. Ainsi les mouvements et nouvelles communautés religieuses légitimes (...) relèvent d’évêques diocésains. Pratiquement parlant, de tels prêtres sont incardinés dans le diocèse [de l’évêque] dont ils relèvent». Quant aux Fils de Marie, poursuit M. Donovan, «s’ils ont rejeté la décision de l’Église ils pourraient, bien sûr, oeuvrer à l’extérieur de la loi de l’Église et essayer de continuer l’Armée de Marie. Cependant, ce serait une grave erreur (et péché) de le faire, et les catholiques ne devraient jamais s’associer à de tels prêtres».

M. Donovan commente ensuite le jugement de l’Église du Canada sur «l’hétérodoxie» (2) de l’Armée de Marie, en disant que «même SI l’Église faisait erreur» en concluant que l’enseignement de l’Armée de Marie était en désaccord avec l’enseignement catholique, «l’authenticité du mouvement serait démontrée par l’humilité et l’obéissance à l’Église». Et donc, M. Donovan suggérait à la personne anonyme de se «trouver d’autres activités spirituelles [que l’Armée de Marie], et d’encourager d’anciens membres à faire de même».

Un Responsable de l’Armée de Marie aux États-Unis nous a fait parvenir cet échange de vue entre un ancien membre et M. Donovan. Aussi, il nous a semblé opportun d’exposer notre pensée sur le commentaire de ce responsable du réseau EWTN.

Humilité, obéissance et... prudence

À la suite de la publication de la Note doctrinale des Évêques catholiques du Canada, le 15 août 2001, l’Armée de Marie a reçu des centaines de lettres de membres démontrant l’orthodoxie de l’enseignement qui y est dispensé (contrairement aux affirmations de la Note doctrinale), aussi nous ne reviendrons pas sur ce sujet. Nous nous attarderons plutôt sur «l’humilité et l’obéissance à l’Église», argument sur lequel se fondent ceux qui exhortent les membres à quitter l’Armée de Marie, et nous situerons notre réflexion dans le contexte du temps très particulier que nous vivons, temps de crise pour l’Église, si critique que Dieu et l’Immaculée ont pris eux-mêmes la direction de l’Armée de Marie qu’Ils ont levée au Québec en 1971. Dans ce contexte, Dieu et l’Immaculée doivent-Ils obéissance à certains personnages d’Église qui veulent bannir l’Armée de Marie? Ou est-ce que ce sont ces personnages d’Église qui, en se dressant contre une Oeuvre divine, devraient être qualifiés d’orgueilleux et de désobéissants?

C’est ici qu’il faut de la prudence pour bien juger de la situation... Et pour aider notre discernement, quelle meilleure référence que la Bible, particulièrement l’enseignement de Jésus dans l’Évangile?

«Le disciple n’est pas au-dessus du Maître»

«Le disciple n’est pas au-dessus du Maître... Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi», déclarait Jésus à Ses apôtres. Paroles qui se vérifient dans la vie des Saints, tout au long de l’histoire de l’Église. Paroles qui nous incitent à la prudence dans notre jugement, quand nous voyons les luttes menées contre des Fils et des Filles de l’Église dont les oeuvres - autre signe d’authenticité indiqué par le Christ - sont bonnes.

Voyons le cas de Marie-Paule ou Mère Paul-Marie, fondatrice de l’Armée de Marie et de ses Oeuvres connexes (dont la Communauté des Fils et Filles de Marie qui compte plus de cent membres, dont près de 40 prêtres): Marie-Paule est une personne incomprise et méprisée dans son milieu («Nul prophète n’est bien accueilli dans son pays...»: encore une fois, c’est Jésus qui nous donne les critères pour reconnaître Ses Serviteurs et Servantes!); elle rencontre la contradiction à chacun de ses pas («Je ne suis pas venu apporter la paix», disait Jésus); c’est une âme mystique dont l’authenticité des charismes a été reconnue par des directeurs spirituels éclairés et qui a été chargée de transmettre des messages de Dieu et de Marie qui, s’ils avaient été entendus, auraient changé le cours tragique de l’histoire; elle doit donc continuer à avancer seule (comme le lui a indiqué Jésus), obéissant sans cesse aux ordres de Dieu et de l’Immaculée qui, dans un dessein de miséricorde, veulent sauver l’humanité grâce à la petite Armée de Marie, comme autrefois la petite armée de Gédéon a sauvé le peuple hébreu.

Avant d’affronter les Madianites qui écrasaient son peuple, Gédéon était à la tête d’une armée de 20000 hommes; mais Dieu a jugé qu’ils étaient trop nombreux et c’est avec seulement 300 guerriers que Gédéon a vaincu les Madianites. – La petite Armée de Marie (que des observateurs étrangers ont estimé regrouper 25000 membres) connaîtra-t-elle pareil sort?

Tous sont libres d’entrer dans l’Armée de Marie comme tous sont libres d’en sortir: les membres sont les seuls juges en ce qui concerne leur adhésion. Marie-Paule a souvent répété aux membres, même aux religieux, religieuses et prêtres Fils de Marie, qu’ils étaient libres de partir; et elle a toujours conservé une extrême charité et délicatesse pour ceux qui ont fait le choix de quitter, invitant les membres à exercer cette même charité.

«Humilité et obéissance»

Marie-Paule est-elle orgueilleuse et désobéissante envers l’Église? Nous, les membres qui lui gardons notre confiance, sommes-nous orgueilleux et désobéissants envers l’Église?

- Manquaient-ils d’humilité et d’obéissance, ces prophètes qui, tout au long de l’Ancien Testament, ont accepté la mission dérangeante que Dieu leur confiait pour le salut de Son peuple?

- Manquait-Il d’humilité et d’obéissance, Jésus qui déplut tant au Sanhédrin qu’Il fut mis à mort sur la croix?

- Manquait-elle d’humilité et d’obéissance, Jeanne d’Arc qui, fidèle à «ses voix», sauva le royaume de France, fut condamnée par un tribunal ecclésiastique comme hérétique et en conséquence brûlée sur un bûcher?

Marie-Paule marche sur les traces des prophètes, de Jésus et de Jeanne d’Arc. Comme eux, elle doit avancer dans l’humilité et l’obéissance: Marie-Paule ne décide rien d’elle-même et, quand un ordre d’En-Haut lui est donné, rien n’existe plus pour elle que l’obéissance à cet ordre et la réalisation de ce qui lui est «montré», «indiqué» et «ordonné». Elle ne peut se permettre de désobéir aux ordres divins: c’est le sort de l’humanité qui se joue encore une fois (ceux qui ont lu les écrits de Marie-Paule, particulièrement Vie d’Amour, peuvent comprendre ces paroles).

Nous qui suivons Marie-Paule, reconnaissant en elle la «Servante» choisie pour intervenir de façon très particulière en notre temps, considérons que nous avançons dans l’humilité et l’obéissance, désireux de contribuer au Plan de Dieu et de l’Immaculée; nous ne comprenons pas toujours, mais nous nous efforçons d’être souples, même si nous avons nous aussi parfois la «nuque raide»! Mais Dieu voit notre désir de servir et pardonne notre humaine faiblesse, comme Marie-Paule d’ailleurs dont la charité ne s’est jamais démentie.

Par ailleurs, devant l’état navrant de l’Église au Québec et au Canada (alors qu’en bien des points plusieurs Autorités religieuses ne suivent pas les directives du Vatican), nous pourrions nous demander avec raison si nous sommes toujours dans l’humilité et l’obéissance envers le Saint-Père en suivant certaines orientations données par nos Évêques. Dès 1984, on parlait de «schisme latent dans l’Église québécoise» (3), et l’Armée de Marie n’était pas en cause.

C’est donc en toute conscience que, demeurant au sein de l’Armée de Marie, nous jugeons être dans l’humilité et l’obéissance à l’Église et à Son Fondateur, le Christ! Nous jugeons communier à la foi de l’Église catholique, tentant d’appliquer dans notre vie ces mots du Pape Jean-Paul II: «Croire signifie vivre dans l’histoire en étant ouverts à l’initiative de Dieu» (4).

Les Fils de Marie

Pour ce qui est des Fils de Marie: la Congrégation romaine chargée de leur dossier (la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique: C.I.V.C.S.V.A.) n’a pas, contrairement au Droit de l’Église, donné suite à leur demande d’excardination de L’Aquila et d’incardination auprès d’un Évêque qui était prêt à les accueillir en 1997. Le secrétaire de la C.I.V.C.S.V.A., Mgr Nesti, a cependant informé le Père Denis Laprise, lors d’une rencontre avec lui à Rome en novembre 2000, que les Fils de Marie étaient encore incardinés à L’Aquila (diocèse qu’ils avaient été obligés de quitter au début de 1997); plusieurs sont cependant incardinés dans le diocèse où ils exercent leur ministère.

Les Fils de Marie ont toutes les facultés requises pour exercer leur ministère (entendre les confessions, célébrer l’Eucharistie): en 1997, le Père Pierre Mastropietro, alors Supérieur général des Fils de Marie et Vicaire épiscopal (à L’Aquila) pour les Fils de Marie, avait renouvelé ces facultés pour ceux qui étaient incardinés à L’Aquila.

En mai 2000, lors d’une conférence de presse sur l’Armée de Marie, Mgr Maurice Couture, Archevêque de Québec, avait reconnu que les Fils de Marie prêtres avaient été ordonnés validement; sa chancelière, pour sa part, a expliqué que la communauté des Fils de Marie n’étant pas «reconnue en Église», «tant que ce statut ne sera pas clarifié, Monseigneur l’Archevêque ne donnera pas d’autorisation d’exercice de leur ministère en public. Privément, bien sûr, ils peuvent... les sacrements qu’ils font sont valides». Les Fils de Marie n’ont donc pas demandé d’autorisation d’exercer leur ministère dans l’archidiocèse de Québec (dont un bon nombre font partie), autorisation que l’Évêque jugeait ne pas pouvoir accorder vu l’absence de statut ecclésial de la communauté.

Mgr Gilles Cazabon, le Commissaire pontifical nommé auprès des Fils de Marie par la C.I.V.C.S.V.A., devrait intervenir prochainement à leur sujet; mais il est difficile d’espérer une solution qui tienne compte de la réalité de la communauté, vu le traitement que ce Commissaire a fait subir aux Fils de Marie depuis sa nomination, exigeant entre autres qu’ils se séparent de leur Fondatrice.

Il ne faut pas se surprendre de la controverse qui entoure les Oeuvres divines, car elle est plutôt un signe d’authenticité. Des ordres religieux prestigieux ont été lourdement sanctionnés par le Saint-Siège:

- la Compagnie de Jésus (les Jésuites) a été dissoute par le Pape Clément XIV en 1773 et rétablie en 1814 par le pape Pie VII;

- les Rédemptoristes ont aussi été frappés par la disgrâce pontificale: en 1781, la Congrégation du Très Saint Rédempteur était scindée en deux, y restant seuls les religieux demeurant sur les États pontificaux; les religieux de l’État de Naples (dont le Fondateur, saint Alphonse de Liguori) étaient considérés comme n’en ayant jamais fait partie...

De telles sanctions de la part de l’Église sont des épreuves terribles pour des religieux! Mais Dieu éclaire le chemin de Ses âmes fidèles et, à l’heure de Son choix, Il démontre l’authenticité et la nécessité de leur mission ecclésiale.

20 janvier 2002

Sylvie Payeur-Raynauld

(1) EWTN: Eternal Word Television Network, réseau de Mother Angelica, en Alabama, É.-U.

(2) Est hétérodoxe ce qui n’est pas «orthodoxe» ou conforme avec la foi catholique.

(3) Benoît Aubin, article «Jean-Paul II au Québec, De la visite embarrassante», L’Actualité, sept. 1984, p. 45.

(4) Angélus du 23 décembre 2001.


© 2002 - Tous droits réservés : ÉDITIONS CO. DAME, Québec, Canada

Haut