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Sylvie Payeur-Raynauld

Lettre ouverte à M. Jean-Claude Leclerc,
Journaliste au quotidien Le Devoir

Le 4 septembre 2001

Cher Monsieur,

Votre article de ce jour dans le quotidien Le Devoir, intitulé "Les évêques du Canada frappent l'Armée de Marie d'interdit", fait plusieurs entorses à la vérité. Nous assumons que c'est en toute bonne foi de votre part, car vous semblez vous être basé sur la Note doctrinale émise par les Évêques du Canada sur l'Armée de Marie. Cependant cette Note doctrinale comporte de nombreuses erreurs, ainsi que nous l'avons démontré dans notre réponse à cette Note publiée sur le site Internet de l'Oeuvre (www.communaute-dame.qc.ca): nous joignons cette réponse à la présente lettre.

Nous voulons ici faire une mise au point concernant certaines affirmations contenues dans votre article:

1. Les faits entourant le décret du 4 mai 1987 par lequel le Cardinal Vachon révoquait le statut d'association pieuse accordé à l'Armée de Marie par son prédécesseur, le Cardinal Roy, en 1975:

- le motif sur lequel le Cardinal Vachon a fondé son décret lui a été fourni par les écrits d'un laïc, membre de l'Armée de Marie, Marc Bosquart; celui-ci avait écrit deux livres offerts comme "hypothèses" pour présenter la vie mystique très particulière de la Fondatrice de l'Armée de Marie, Marie-Paule; celle-ci avait tenté d'en empêcher la publication mais elle avait dû accepter à cause des directives de son directeur spirituel de l'époque, Mgr Kabongo (alors secrétaire privé du Saint-Père);

- donc, ce n'étaient aucunement les écrits de Marie-Paule qui étaient en cause: à l'époque, le Cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avait lui-même admis que cette Congrégation avait uniquement appuyé les mises en garde du Cardinal Vachon sur les livres de Marc Bosquart, et que les livres de Marie-Paule n'étaient pas concernés;

- lorsque le Cardinal Vachon a adressé à Marie-Paule la lettre de février 1987 du Cardinal Ratzinger appuyant les mises en garde contre les livres de Marc Bosquart, l'Armée de Marie a aussitôt retiré ces livres de ses librairies; le Cardinal Vachon s'est tout de même servi de ces livres qui n'étaient plus offerts au public pour porter un coup à l'Armée de Marie en lui enlevant son statut d'association pieuse (le Cardinal Vachon avait pris en grippe cette Oeuvre et la Communauté religieuse qui en était issue et il avait déclaré: "Il faut tout détruire et faire disparaître ces futurs prêtres!");

- des Autorités du Vatican ont demandé à l'Armée de Marie de porter appel contre le décret du Cardinal Vachon, ce qu'elle a fait; en 1991, le Tribunal suprême de la Signature apostolique, à Rome, a porté un décret définitif pour rejeter le recours de l'Armée de Marie. Toutefois, contrairement à ce qu'on peut lire dans votre article, la décision de ce tribunal n'impliquait nullement que "les catholiques devaient s'abstenir d'appartenir à ce groupe particulier"; bien au contraire, ce tribunal avait reconnu en 1989 que l'Armée de Marie était une association privée de fidèles catholiques, type d'association prévue par le Droit canonique. Ce n'est donc pas "au mépris de l'autorité ecclésiastique", comme l'écrit la Note doctrinale (que vous reprenez), que les membres ont continué à adhérer à l'Armée de Marie! Au contraire, les Dirigeants de l'Armée de Marie ont toujours exhorté les membres à se montrer respectueux des Autorités ecclésiastiques, même si celles-ci se montraient injustes à l'endroit de l'Armée de Marie.

2. "Le groupe paraît avoir peu d'impact au Québec", écrivez-vous. L'Armée de Marie n'a jamais fait de recensement de ses membres, mais certains observateurs ont évalué ceux-ci à 25,000, la majorité au Québec. En 1985, une cérémonie de l'Armée de Marie à l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal a rassemblé près de 5,000 personnes.

Et l'Armée de Marie a donné naissance à ce que nous appelons ses "Oeuvres connexes", touchant les domaines familial, social et politique, et à une communauté religieuse composée de deux branches: les Filles de Marie et les Fils de Marie (cette dernière comprend déjà plus de 40 prêtres, dont le premier à être ordonné l'a été par le Pape Jean-Paul II à Rome, en 1986). Les diocèses du Québec sont fermés aux membres de cette communauté; deux Évêques canadiens les ont accueillis avec joie: Mgr Eugène LaRocque, du diocèse d'Alexandria-Cornwall, en Ontario, et Mgr Colin Campbell, du diocèse d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse.

Malheureusement, ces deux Évêques sont accusés de manquer à la collégialité parce qu'ils ne partagent pas l'avis des autres Évêques canadiens sur le manque d'orthodoxie des Fils de Marie. Il est intéressant de creuser ce dossier: l'enseignement donné par les Fils de Marie, qui ont fait leurs études en vue du sacerdoce à l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin, à Rome, reflète la pure doctrine de l'Église catholique, comme l'enseignement qui est dispensé dans l'Armée de Marie.

3. La vie mystique de Marie-Paule, Fondatrice de l'Armée de Marie:

Soeur Lucie, seule survivante des trois petits bergers de Fatima, a révélé ces paroles reçues de la Vierge Marie dans les années 50: "[La Madone] m'a dit que, les autres moyens méprisés par les hommes étant épuisés, Elle nous donnait avec tremblement une puissante (ultime) ancre de salut qui est LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE EN PERSONNE" (L'Action Catholique, mai 1954).

Marie devait donc revenir sur terre... comment? Le Fils de Dieu s'était incarné; Elle ne prendra pas d'autre moyen et le Seigneur révèle à Marie-Paule, le 4 mai 1958: "Tu sais, mon enfant, que ma Mère bien-aimée est passée sur terre et qu'Elle est montée au Ciel sans mourir! Je dois te dire aujourd'hui, qu'Elle s'est incarnée et son regard maternel s'est penché sur toi. C'est toi, mon enfant, qui souffres ma Passion et qui, au nom de ma Mère bien-aimée, vas redonner le Christ au monde" (Vie d'Amour I, chap. 53, p. 326).

Cette "réincarnation" n'a rien à voir avec les théories bouddhistes. Marie-Paule, à qui il était demandé par le Ciel d'accepter des souffrances hors du commun pour le salut des âmes (elle s'était offerte comme âme victime à l'âge de 12 ans), ne comprenait pas ces paroles qu'elle écrivait par obéissance. Aujourd'hui encore, elle est loin de se prétendre la "réincarnation" de Marie! Pour elle, elle n'est qu'un "zéro", un "instrument" qui s'est laissé vider de lui-même pour laisser passer Marie qui, pour elle, est au Ciel. Et le seul Credo qu'elle professe est celui de l'Église catholique romaine.

C'est le lot des mystiques authentiques de rencontrer l'incompréhension et la persécution: lorsque le bienheureux Padre Pio est mort, il était sous le coup d'une cinquième condamnation du Saint-Office (l'actuelle Congrégation pour la Doctrine de la Foi). On pourrait citer tant d'autres cas où l'Église a condamné ses Fils et ses Filles avant de les élever à la dignité de bienheureux ou de saints! Vous semblez qualifier de "secte" l'Armée de Marie; les fils spirituels de Padre Pio, membres de ses Groupes de prière, ont été à tort accusés de rébellion contre l'Église et qualifiés d'hérétiques par des Autorités du temps. - C'est le propre de l'histoire de se répéter, car les hommes ne semblent pas apprendre des erreurs passées.

Dans votre article, vous mentionnez qu'on retrouve dans l'Armée de Marie "des directeurs spirituels 'd'assez haut calibre'". En effet, Marie-Paule a eu des directeurs spirituels éclairés, entre autres le Père Marie-Michel Philipon, o.p., expert au Concile; quant au premier qui l'a dirigée dans sa mission qui se dessinait, le Père J.-A. Veilleux, o.m.i., il lui a prophétiquement annoncé le 14 mars 1958: "Vous aurez demain à trancher le mal et celui-ci doit céder comme le papier cède devant le coupe-papier. Les âmes doivent être conquises par la puissance de l'Immaculée. (...) Prenez l'Amour et volez partout avec les ailes de l'Immaculée. Aux heures les plus noires, quand les autorités vous arrêteront, vous paralyseront, je vous supplie de ne rien perdre de votre confiance en Marie (...)" (Lettres de direction spirituelle du Père J.-A. Veilleux à Marie-Paule, p. 95).

Les écrits de Marie-Paule relèvent de la plus haute mystique; certains théologiens ont dit qu'il relevaient d'une "théologie du coeur" - il est vrai que si certains théologiens, peut-être plus spirituels, ont été conquis par ces écrits, d'autres en ont été scandalisés et n'ont cessé de déformer ces écrits (qu'ils n'ont probablement pas lus dans leur intégrité, condition pourtant nécessaire pour juger une oeuvre littéraire de cette envergure). Et ce sont les cris de ces personnes scandalisées qu'on retrouve dans la Note doctrinale des Évêques canadiens sur l'Armée de Marie...

Dans votre article, vous parlez d'une "contestation d'ordre théologique" qui aurait éclaté "entre les penseurs du groupe à propos du caractère 'divin' de la fondatrice": j'avoue ne pas comprendre ce à quoi vous faites allusion!

4. Les dangers réels pour l'Église catholique au Canada:

Si vous allez sur le site internet de l'Armée de Marie (adresse donnée au début de cette lettre), vous pourrez y lire le témoignage de nombreux membres de l'Armée de Marie qui décrivent leur expérience au sein de cette Oeuvre qu'ils n'entendent pas quitter parce que c'est en son sein qu'ils ont trouvé l'enseignement authentique de l'Église catholique romaine, enseignement dilué et faussé par nombre de curés au Québec qui parfois se permettent même des propos offensants envers le Pape Jean-Paul II.

Il y a longtemps que se côtoient au Québec l'Église traditionnelle (fidèle à Rome) et l'Église populaire (qui promeut des mesures allant à l'encontre des directives du Vatican, tels l'accession des femmes au sacerdoce et le mariage des prêtres). Si l'Armée de Marie est condamnée par cette dernière Église à ne plus faire partie de l'Église catholique, eh bien! elle n'en sera pas moins catholique que cette dernière; si elle n'a plus le titre de "catholique", elle en aura du moins l'esprit. Or le Christ nous a affirmé: "C'est l'esprit qui fait vivre" (Jn 6, 63).

De toute façon, les membres de l'Armée de Marie ne se sentent pas en communion avec ceux qui ouvertement défient le Pape; dès sa fondation, le mot d'ordre était lancé: "L'Armée de Marie se reconnaîtra à ce seul signe: sa fidélité à Rome et au Pape." C'était peut-être déjà apercevoir l'issue présente, dans le contexte d'un Québec réfractaire aux directives vaticanes.

* * *

Voilà, cher Monsieur, les pensées suscitées par la lecture de votre article sur l'Armée de Marie, une Oeuvre voulue de Dieu pour venir en aide à l'humanité qui traverse une période critique qui pourrait même conduire à son autodestruction. Mais les "grandes personnes" que nous sommes croient trop souvent pouvoir se passer des secours divins; cela nous a menés bien loin...

En terminant, j'aimerais souligner ma déception que vous ayez écrit un article si étoffé sur l'Armée de Marie sans communiquer avec les principaux intéressés... Nous aurions peut-être pu vous éviter de publier tant de faussetés qui ternissent la réputation de l'Armée de Marie et de sa Fondatrice. L'an dernier, lorsqu'il a été question de l'Armée de Marie dans les médias d'information, votre collègue du Devoir, Mme Louise Leduc, s'était informée auprès de nous avant de publier son article, ce que nous avions apprécié vivement.

Bien à vous,

Sylvie Payeur-Raynauld


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