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Lettre ouverte au journal The Casket

Galilée Galilei - L’Armée de Marie

L’histoire se répète?

Les événements qui ont mené à la condamnation, par l’Église catholique, de Galilée Galilei (1564-1642), ce grand pionnier de la science moderne, pourraient éclairer les gestes posés récemment contre l’Armée de Marie, que la Conférence des évêques catholiques du Canada a rejeté par une Note doctrinale publiée le 15 août 2001, après avoir reçu un recognitio de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, le 10 août 2001. La Note et plusieurs autres textes reliés à cet événement ont été publiés ad nauseam par différents médias au cours des semaines qui ont suivi.

Galilée a été condamné par l’Église parce qu’il a écrit un livre dans lequel il démontrait et faisait la preuve que le soleil était au centre du système solaire, que la terre était une planète qui gravitait autour du soleil et qui tournait sur son axe, que la Voie lactée était composée d’étoiles, que Jupiter avait des lunes, etc.

Pendant plusieurs siècles, l’Église avait mise à profit la philosophie aristotélicienne afin d’organiser ses connaissances et sa compréhension du monde dans lequel nous vivons, de la vie humaine et même de Dieu et de Sa Révélation. Pour plusieurs, le philosophe grec et païen, Aristote, (décédé en 322 avant J.-C.) était «infaillible». Il avait soutenu, entre autre, que seul des corps parfaitement sphériques pouvaient exister au ciel et que rien de nouveau pouvait s’y trouver. Les «partisans» d’Aristote avaient aussi déclaré que croire en une terre en mouvement était hérétique.

Galilée a eu le «malheur» de perfectionner le télescope, et il a pu voir qu’il y avait des cratères et des montagnes sur la lune, que Jupiter avait des lunes, qu’il y avait quelque chose d’étrange autour de Saturne. Il a commencé à écrire un livre dans lequel il comparait les deux différents systèmes utilisés pour représenter le ciel: la centralité de la terre et la centralité du soleil. Ce livre, qui a été renommé Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, a été publié en 1632.

Galilée a été convoqué à Rome en 1633 par l’Inquisition afin d’y subir un procès «sur la présomption grave d’hérésie». Il est désolant de constater que ceux qui l’ont accusé de hérésie ne se sont même pas soucié de regarder dans son télescope et n’étaient pas vraiment intéressés ni par les faits présentés ni par la Vérité. Ils voulaient réduire Galilée au silence. Le procès lui-même a été une parodie, et on a tenu aucunement compte des éléments fondamentaux de la justice. En conséquence, Galilée a été contraint d’abjurer le 22 juin 1633, et condamné à la prison à vie, sentence qui a été commuée en assignation permanente à domicile. On a ordonné que le Dialogue soit brûlé et que la sentence à son égard soit lue publiquement dans chaque université. Il est décédé le 8 janvier 1642.

La Note doctrinale publiée par la Conférence des évêques catholiques du Canada indique que l’Armée de Marie, sa fondatrice, ses membres et moi-même, l’auteur de cet article, «comportent des dangers réels pour l’Église catholique au Canada» et «menacent l’intégrité et l’unité de la foi catholique».

Seul deux évêques n’ont pas signé cette Note doctrinale: Mgr. Eugène LaRocque de Cornwall, ON, et Mgr. Colin Campbell d’Antigonish, N.E. Il est à noter que ce sont les deux seuls évêques canadiens qui ont pris le temps de parler avec la Fondatrice, de rendre visite aux maisons et de se renseigner au sujet des activités de l’Armée de Marie et de ses diverses branches, dont la Communauté des Fils de Marie, la communauté religieuse à laquelle j’appartiens. Ce sont aussi les deux seuls évêques qui eu le courage de publier une déclaration contenant leurs commentaires sur la Note doctrinale. Dans sa déclaration publiée dans le Casket, le 22 août 2001, Mgr. Campbell précise: «J’ai des doutes bien fondés à savoir si un forum approprié a été accordé à l’Armée, ces derniers temps, lui permettant de répondre aux accusations.»

La vérité, c’est que l’Armée de Marie a été accusée, mise en procès, jugée et condamnée sans aucun respect de la justice et la vérité. Je mets au défi tous les évêques qui ont signé la Note doctrinale, ainsi que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, d’indiquer quand et où les dirigeants de l’Armée de Marie ont été intérrogés, quand et où on leur a demandé d’expliquer ou de commenter les sujets ou les déclarations qui requièraient une clarification. La réponse est simple... cela n’a jamais été fait! Comment peut-on mener une enquête avec justice sans avoir entendu ce que les accusés ont à dire? C’est seulement l’année dernière que le Grand Jubilé a été célébré, mais comment se fait-il qu’un processus si injuste puisse encore subsister aujourd’hui dans l’Église catholique? Comment peuvent tous les membres d’une conférence épiscopale, à l’exception de deux, soutenir aveuglément une condamnation basée sur une enquête si biaisée et injuste?

Je choisis de croire que, en fin de compte, la Vérité et la Justice l’emporteront toujours. Pour ce qui est de Galilée, la Vérité et la Justice ont dû attendre jusqu’en 1979 quand le Pape Jean-Paul II a ouvert une Commission d’enquête sur sa condamnation. Le 31 octobre 1992, la Commission papale a reconnu que le Vatican avait fait une erreur et Galilée a été réhabilité.«On peut tirer de l’affaire Galilée un enseignement qui reste d’actualité par rapport à des situations analogues qui se présentent aujourd’hui et peuvent se présenter demain.... Souvent, au delà de deux visions partielles et contrastées, il existe une vision plus large qui les inclut et les dépasse l’une et l’autre» (Jean-Paul II, le 31 octobre 1992).

Mon but en écrivant cet article n’est pas de créer un scandale ni de salir les Autorités ecclésiales. Tout come Paul a indiqué publiquement à Pierre qu’il y avait quelque chose de faux dans sa façon d’agir (Gal 2,11), mon but, c’est d’attirer l’attention sur le fait qu’une injustice a été commise au sein de l’Église catholique au Canada, et qu’elle n’a pas besoin d’attendre trois siècles avant d’être rectifiée. Je crois que le principe de Galilée dont a fait mention le Saint-Père pourrait être utilisé pour trouver une solution à cette situation dans un forum ouvert, honnête et charitable.

Je me sens privilégié d’avoir été membre de l’Armée de Marie depuis plus de 20 ans. Je suis aussi un prêtre catholique depuis 14 ans. La providence de Dieu m’a permis d’observer avec «un télescope très spécial» quelques aspects des choses merveilleuses qu’Il accomplit encore dans l’Église et le monde d’aujourd’hui. À ceux qui, pour quelque raison que ce soit, croient sincèrement que «rien de nouveau peut apparaître dans les cieux», je les invite très expressément à regarder dans le «télescope», afin de voir d’eux-mêmes. Laissez-moi conclure en utilisant les paroles mêmes de Galilée:«Des faits, qui, à prime abord, semblent improbable, pourront, même avec peu d’explication, laisser tomber le voile qui les cachait et se présenter dans une beauté simple et dénudée» (discours au sujet de deux nouvelles sciences,1638).

Père Bruno Ruel, o.ff.m.
Prêtre
Unité pastorale de L’Isle Madame


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