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Chicoutimi, le 12 octobre 2001

Mgr Jean-Guy Couture
Évêché de Chicoutimi
602, Racine Est
Chicoutimi (Québec)
G7H 1V1

Excellence,

J’ai pris connaissance de la dernière publication du périodique diocésain «En Église» dans lequel vous êtes signataire d’un article intitulé «Un nécessaire discernement». J’ai reconnu, à la lecture de ce texte, le souci du Père qui tient à ce que ses enfants ne s’égarent pas. Je crois que votre démarche est sincère et honnête.

Cependant, en conscience et en toute justice, nous devons prendre connaissance de l’ensemble des éléments concernant l’Armée de Marie pour être en mesure de bien comprendre cette Oeuvre. Or, admettons que cette tâche peut être difficile si l’on n’a pas eu la chance de cheminer pendant un certain temps dans cette œuvre et s’il faut faire un discernement dans un court laps de temps si on n’a pas eu la chance de cheminer pendant un certain temps dans cette œuvre et qu’il faille tout savoir en peu de temps pour faire un discernement honnête. En effet, plus une personne approfondit les origines du mouvement, plus elle saisit les relations privilégiées de la fondatrice avec Dieu et Marie ainsi que les messages que cette dernière reçoit, souvent sans les comprendre et sans les rechercher, ce, tout au long de sa vie; plus cette personne réalise qu’elle est face à un mystère encore «à découvrir» et sur lequel la réflexion théologique devra se pencher afin de le saisir et d’en comprendre les implications doctrinales.

À ce jour, il existe peu de documents synthèses sur l’ensemble des écrits décrivant l’Armée de Marie, ces derniers ayant été rédigés au fil des années. Celui qui s’intéresse à cette œuvre doit donc résister à la tentation de porter un jugement à partir de quelques citations éparses tirées hors de leur contexte, mais plutôt parcourir l’ensemble des documents disponibles pour bien en saisir le sens.

Monseigneur, vous constaterez, à la lecture de la lettre que je joins à la présente, que mon adhésion à l’Armée de Marie a été le fruit d’un très long cheminement. Cette décision, prise en 1993, soit en toute connaissance des décrets de révocation de 1987 et de 1991, ne s’est aucunement prise dans un contexte de rejet de l’Église catholique. Bien au contraire, je considère que mon cheminement au sein de l’Armée de Marie m’a permis d’approfondir ma foi catholique. En effet, grâce à l’Armée de Marie, je m’intéresse depuis plusieurs années à la Doctrine sociale de l’Église, ce que je n’aurais jamais fait autrement. De plus, je prends connaissance, autant que possible quotidiennement, de l’actualité vaticane et je fais lecture des écrits et des homélies du Pape Jean-Paul II. Je suis convaincu que ma foi catholique qui était tiède a été réchauffée par les multiples encouragements reçus de l’Armée de Marie.

J’ai trouvé votre article très intéressant, mais plusieurs explications me semblent incomplètes. Revenons en particulier sur la mention que vous faites concernant la révocation en 1987 du décret de l’Armée de Marie. De fait, la lecture du document en question nous permet de retenir trois points importants :

1- La révocation du décret canonique du 10 mars 1975 érigeant l’Armée de Marie en association pieuse;

2- L’interdiction de toute célébration organisée sous les auspices de l’Armée de Marie et de ses ramifications dans les églises paroissiales et autres lieux de culte du diocèse de Québec;

3- L’interdiction de propager la dévotion et la prière de la «Dame de tous les Peuples».

Dans un premier temps, je puis vous affirmer, à titre de témoin, à l’époque «non-membre», que l’Armée de Marie, sur réception du décret de révocation, a immédiatement cessé toutes célébrations dans les églises paroissiales et autres lieux de culte. Ainsi, toutes les rencontres qui ont eu lieu par la suite ont été faites dans des salles de réunion ou des salles d’exposition.

Or, en dépit de ces restrictions et des lieux, l’Armée de Marie s’est toujours assurée que chacune des célébrations eucharistiques se déroule dans le plus grand respect. Chaque rencontre a fait l’objet d’une préparation très soignée de la salle de rencontre et ce particulièrement en ce qui concerne le maître-autel et le reposoir pour l’Ostensoir lorsqu’il y avait une Heure d’adoration. Ces rencontres qui attiraient entre 2000 et 3000 personnes et auxquelles participaient entre 30 et 50 prêtres, dont parfois certains Évêques, se sont toujours déroulées dans le plus grand calme et une sérénité exemplaire. Plusieurs fois d’ailleurs, ai-je entendu de la part de hauts dignitaires de l’Église que ces rencontres correspondaient en tout point à ce qu’ils voyaient de mieux dans les grandes cérémonies de l’Église.

Par ailleurs, depuis près d’un an, les grandes cérémonies ont fait place aux services offerts au Centre Eucharistique et Marial Spiri-Maria. Ce centre, dont la construction a été motivée par le salut des âmes, appartient à l’Armée de Marie. Il s’agit donc d’un site privé et tous les gens qui assistent aux activités qui y sont offertes, le font de façon tout à fait libre et éclairée. Il n’y a pas d’ambiguïté possible ni de risque que des gens soient victimes d’une arnaque quelconque. D’ailleurs, l’Armée de Marie a toujours été très transparente à tout point de vue. Rien n’est caché aux membres et tous ceux qui le désirent ont accès à toute l’information pertinente. Le contenu du journal «Le Royaume» démontre bien le degré de transparence de ce mouvement. D’autre part, comme tous les gens demeurent bien libres de faire ce que bon leur semble, ils peuvent quitter l’œuvre en tout temps sans subir aucune pression, comme ils peuvent aussi revenir s’ils le décident et ce, dans le respect des cheminements de chacun. Il ne se fait aucune sollicitation ni prosélytisme.

En 1987, l’Armée de Marie a cessé la récitation publique de la prière à la Dame de Tous les Peuples. Le mot d’ordre a été très clair et comme toujours, il a été respecté de tous. Plusieurs années plus tard, alors que de très nombreux évêques demandaient à leurs fidèles paroissiens de la réciter, l’Armée de Marie s’est sentie légitimée d’en reprendre la récitation publique.

Enfin, il est important de mentionner que la révocation était en très grande partie, sinon en totalité, basée sur deux volumes qui avaient été écrits par un membre, M. Marc Bosquart, et non sur une étude approfondie faite par l’Armée de Marie. Ces volumes, au dire même de l’auteur, ont été écrits sous forme d’essai. Ils n’engageaient en rien la responsabilité de l’Armée de Marie. Il est donc essentiel de dissocier les écrits d’un membre et le mouvement auquel il appartient. Ainsi, en toute obéissance, les librairies de l’Armée de Marie cessèrent immédiatement la vente de ces volumes, ainsi que l’auteur lui-même. Ces volumes ont été retirés le jour même.

Comme vous pouvez le constater, l’Armée de Marie a toujours respecté sans délai les consignes qui lui ont été transmises par les autorités. De plus, les responsables n’ont pas porté de jugement sur quiconque. Ils se sont plutôt assurés que les membres demeurent charitables envers ceux qui les jugeaient. Il a donc fallu beaucoup de foi en l’œuvre pour que les membres continuent leur participation aux activités qui sont, en définitive, les mêmes que celles que l’on reconnaît comme catholiques. Il n’y a d’ailleurs pas de pratiques particulières associées à ce mouvement. Bien au contraire, les gens sont encouragés à assister à la messe, si possible quotidiennement, à dire leur chapelet et à faire leur réforme intérieure.

Je vous fais donc parvenir par la présente une copie de ma lettre en réponse à la Note doctrinale de la CECC. J’y explique les raisons qui me motivent à poursuivre mes activités au sein de l’Armée de Marie. Vous mentionnez dans votre article qu’il «est important de savoir qu’ils ne sont plus dans la religion catholique lorsqu’ils adhèrent à ces groupes». Je ne considère pas que l’Armée de Marie est une secte ni une autre religion. Ainsi, il ne m’apparaît pas contradictoire que ma famille et moi poursuivions notre pratique religieuse avec l’ensemble des membres des communautés qui nous accueillent et à y recevoir les sacrements.

Je vous remercie de l’intérêt que vous avez porté à cette lettre et aux annexes qui suivent. Les prières de notre famille s’unissent pour que, malgré les difficultés apparentes, nous puissions tous un jour marcher dans la même direction.

Donald Aubin
Chicoutimi

p.j.


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