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Chicoutimi, le 30 septembre 2001

Son Excellence Monseigneur Jean-Guy Couture
Évêché de Chicoutimi

Excellence,

OBJET: UN NÉCESSAIRE DISCERNEMENT
Réaction à votre texte paru dans la revue En Église du 24 septembre 2001

Le premier paragraphe de votre texte paru dans la revue diocésaine En Église du 24 septembre dernier m’a mis totalement en confiance. Vous affirmez qu’«il faut prendre le temps de s’informer et de bien vérifier si les affirmations que l’on entend ou que l’on lit sont conformes à notre foi». Voilà donc quelqu’un, me suis-je dit, qui a consulté la fondatrice de l’Armée de Marie ou l’un ou l’autre des dirigeants afin de se faire une opinion éclairée sur les différents aspects doctrinaux ou autres et qui, par conséquent, est en mesure de discerner comme il se doit. Votre comparaison avec l’eau est tout à fait pertinente et convaincante.

À partir du deuxième paragraphe, je commence à moins comprendre quand vous affirmez qu’«il y a longtemps que de multiples avertissements ont été donnés concernant les activités et les enseignements de l’Armée de Marie car ils comportent de réels dangers pour la foi des catholiques». Vous ne donnez pas d’explications ni ne faites référence à aucun document sur lequel je pourrais m’appuyer pour découvrir le bien-fondé de ces affirmations. Quels sont donc ces «activités et enseignements comportant de réels dangers pour la foi catholique»? Si on ne précise rien, on peut penser n’importe quoi ; ce qui est très grave. Que peuvent bien faire et croire ces gens pour que l’ensemble des évêques du Canada, sauf deux, décident de les déclarer non catholiques? Pourtant il suffirait de consulter le site internet: http://www.communaute-dame.qc.ca/index.html pour constater que les activités et les enseignements sont ce qu’il y a de plus catholiques.

Je comprends que je devrais vous croire sur parole, mais ma foi - et celle de tous les diocésains, me semble-t-il - a besoin d’être éclairée. Comme le dit si bien Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II dans son Encyclique Foi et raison au no. 100: «L’Église demeure en effet profondément convaincue que la foi et la raison "s’aident mutuellement”, exerçant l’une à l’égard de l’autre une fonction de crible purificateur ou bien de stimulant pour avancer dans la recherche et l’approfondissement.» C’est pourquoi il me semblerait normal que les catholiques sachent ce que vous «mettez» dans «les activités et les enseignements de l’Armée de Marie» qui «comportent de réels dangers pour la foi des catholiques». Seraient-ce les activités et les enseignements contenus dans le Manuel de l’Armée de Marie? Lesquelles des activités suivantes constitueraient un danger pour la foi catholique: «développer un esprit de prière, assister à la messe et communier tous les jours, si possible, pratiquer les vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité, observer les Dix Commandements, réciter le chapelet tous les jours, et si possible le rosaire, faire chaque jour au moins un quart d’heure de lecture spirituelle, bien accomplir son devoir d’état, veiller à sa réforme intérieure»? La «Note doctrinale» dit: «... à cesser leurs activités, quelles qu’elles soient: publications, participation aux rencontres de prière et aux célébrations liturgiques, spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec.»

Monseigneur, lorsque j’ai lu dans votre texte que l’Armée de Marie «ne s’est pas conformée à l’interdiction» de ne plus célébrer «dans les églises paroissiales et autres lieux de culte de son diocèse», je n’ai pu m’empêcher de penser que vous aviez été mal informé, puisque cette interdiction a été scrupuleusement respectée. En ce qui concerne l’érection d’une chapelle et d’un centre de retraite à Lac-Etchemin, un théologien a fait la démonstration que le Droit canonique permet aux laïcs de procéder ainsi, ce, dans deux lettres datées du 26 juillet 2000 adressées à Mgr Maurice Couture de Québec. Par ailleurs, la fondatrice de l’Armée de Marie, lors de la nomination de l’Évêque du diocèse de Québec (Mgr Maurice Couture), avait expédié une lettre respectueuse et désireuse d’ouvrir le dialogue; cette lettre est restée sans réponse, ce qui constitue en soi une réponse claire de la part de l’Autorité de ce diocèse. Comment aurait-elle pu obtenir une permission de quelqu’un qui ne répond pas aux lettres?

«Ils doivent faire leur discernement et agir en conséquence, c’est-à-dire s’abstenir d’appartenir à des groupes dont l’enseignement, comme celui de l’Armée de Marie, est contraire à la foi catholique.» Encore une fois, Monseigneur, ma raison exige plus d’informations fondées et véridiques pour pouvoir précisément «faire mon discernement et agir en conséquence» dans le sens que vous le souhaitez. Tout le monde sait que dans l’histoire de l’Église, il y a eu des vérités auxquelles les chrétiens adhéraient sans qu’elles soient approuvées formellement et sans qu’elles soient même explicitement contenues dans la Révélation; ces croyants n’ont pas nécessairement été bannis de l’Église pour autant. Vous savez mieux que moi l’importance du «TEMPS» dans l’Église; pourquoi, alors, cet empressement à condamner dans le cas de l’Armée de Marie?

Vous n’êtes pas sans connaître l’existence d’une Procédure pour l’examen des doctrines publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 29 juin 1997. Selon cette procédure, les Autorités concernées doivent entamer un processus de dialogue avec les personnes préconisant des doctrines possiblement en contradiction avec l’enseignement officiel; aucune personne de l’Armée de Marie n’a été appelée à se présenter devant ces Autorités afin de procéder à l’examen des «doctrines de l’Armée de Marie», conformément à cette procédure.

D’ailleurs, que de catholiques croient des «choses» non conformes à l’enseignement de l’Église ou ne croient plus à des vérités officiellement reconnues sans qu’ils soient incommodés de quelque façon. Pour leur part, les gens de l’Armée de Marie croient tout ce que l’Église catholique «croit et enseigne». C’est pourquoi je ne me sens pas concerné par ce qui suit et qui termine le paragraphe commençant par: «Ce n’est malheureusement pas d’aujourd’hui...»: «Il est important toutefois de savoir qu’ils ne sont plus dans la religion catholique lorsqu’ils adhèrent à ces groupes. C’est une question de respect de la vérité. L’eau peut avoir une belle apparence et même ne rien laisser soupçonner de mauvais au goût, et cependant être dangereuse pour la santé de la personne qui la boirait, voire mortelle.»

Par «respect de la vérité», j’ai rencontré Marie-Paule, j’ai participé à beaucoup de rencontres, j’ai lu, relu tous les écrits de la fondatrice ainsi que les publications de l’Armée de Marie; j’ai aussi lu et relu tout ce que les Autorités religieuses ont rendu public jusqu’à maintenant. En trouvant l’Armée de Marie, j’ai retrouvé l’Église catholique dans toute sa pureté; enfin, je me sens tout à fait fidèle au Christ et à son enseignement. «Revenir au Christ et à l’Évangile» comme le demande si souvent Jean-Paul II depuis quelque temps: ce leitmotiv signifie peut-être que l’Église s’en était éloignée. Enfin, je considère que ma conscience est éclairée (la lecture de l’Encyclique de Jean-Paul II sur La Splendeur de la Vérité et en particulier de la partie sur «La conscience et la vérité» m’a grandement aidé dans ce sens). Je recherchais sincèrement la Vérité, je puis affirmer que Marie, Mère du Christ et de l’Église, m’a conduit à son Fils, Lui qui s’est dit le Chemin, la Vérité et la Vie. Puissé-je Lui demeurer fidèle ainsi qu’à sa Mère.

Voilà, Monseigneur, ma réaction respectueuse à la suite de la lecture de votre texte paru dans En Église, revue diocésaine à laquelle je suis abonné depuis déjà plusieurs années afin d’être bien informé sur ce qui se passe dans l’Église du Diocèse de Chicoutimi dont vous êtes le Pasteur.

En Jésus et Marie,

Réginald Gamache
Chicoutimi


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